‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 146 sur 241 · LIVRE IV, ClIAP. IV · texte numérisé non relu

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ei sanglante : mais il eut le malheur de perdre deux batailles et de tomber entre les mains du roi, qui se contenta de lui oter la liberté, pour le punir de sa révolte. Cette clémence ne servit qu'à faire passer Roger pour un barbare dans l'espiit d'une partie de ses sujets. Ils disoient qu'il n'avoit sauvé la vie à son frère que pour exercer sur lui une venireance lente et inhumaine. Tous les autres, avec plus de fondement, n'imputoient les traitements durs que 3Iainfroi souffroit dans sa prison qu'à sa sœur Mathilde. Cette princesse avoit en effet toujours haï ce prince, et ne cessa point de le persécuter tant qu'il vécut. Elle mourut peu de temps après lui, et l'on regarda sa mort conmie une juste punition de ses sentiments dénaturés.

Mainfroi laissa deux fils; ils étoient encore dans

( le chaiilie des Saisons ) ; J'autre . intitulée Blanche et Gtiiscaid , par feu Sanrin. La tragédie anglaise, traduite par La Place, remplit les Mercnres de France des mois de janvier et février 1761. Sauiin l'a iicitéc. << La det- •• nière scène de cette tragédie présente le tableau qui, dans Gil Blas , <• excite la curiosité de dona Anrure et occasione le récit de la non- €f velle. L'auteur tragique a suivi presque entièrement la marche du ro- « mancier. Enriqne, dont il a fait (iniscard, est de même élevé par Sif- ■> fredi ; seulement il n'apprend le secret de sa naissance qu'au moment de « la mort du roi. Constance, dans la tragédie, est la soeur et non la nièce .< du roi auquel succède Guiscard. An reste, l'auteur a rendu tous les o antres détails racontés dans la nouvelle, ce qui l'a obligé de renfermer « un grand nombre d'événements dans un court espace de temps. ■> Extrait de l'avertissement qui précède la tragédie de Blanche et Guiscard.

\jx pièce de Saurin , jouée pour la première fois le 27 septembre 1763, réussit moins pourtant par le mérite de Toavrage que par le talent des acteurs. L'avertissement de l'auteur finit par cet aveu modeste :

•' Il seroil à souhaiter, pour cenx qui me liront et pour moi , qu'on put ■ imprimer avec la pièce le jeu inimitable de mademoiselle Glairon ; elle ' n'a jamais été ])liis admirable. ■>

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l'enfance. Roger eut quelque envie de s en tléiaire , tle crainte que, parvenus à un âge plus avance , le désir de venger leur père ne les portât à relever un parti qui n'étoit pas si bien abattu qu il ne put causer de nouveaux troubles dans letat. 11 communiqua son dessein au sénateur Léontio Siftredi, son ministre, qui ne l'approuva point, et qui, pour len détourner, se chargea de l'éducation du prince Enrique , qui étoit l'aîné, et lui conseilla de confier au connétable de Sicile la conduite du plus jeune, qu'on appeloit don Pèdre. Roger, persuadé que ses nev€ux seroient élevés par ces deux hommes dans la soumission qu'ils lui dévoient, les leur abandonna, et prit soin lui-même de Constance sa nièce. Elle étoit de 1 âge d'Enrique, et fille unique de la princesse 31atliilde. Il lui donna des femmes et des maîtres, et n'épargna rien pour son éducation.

Léontio Siffredi avoit un château à deux petites lieues de Palerme, dans un lieu nommé Belmonte. C'étoit là (jue ce ministre s'attachoit à rendre Enrique digne de monter un jour sur le trône de Sicile. 11 remarqua d'abord dans ce prince des qualités si aimables, qu'il s'y attacha comme s'il n'avoit point eu d'enfant : il avoit pourtant deux filles. L'aînée, qu'on nommoit Blanche, plus jeune d'une année que le prince, étoit pourvue d'une beauté parfaite : et la cadette, appelée Porcie, après avoir en naissant causé la mort de sa mère, étoit encore au berceau, Blanclie et le piùnce Enritque sentirent de l'amour lun pour l'autre dès qu'ils furent capables d'aimer ; mais ils n avoient pas la liberté de s'entretenir en particulier. Le prince néanmoins ne laissa pas quelqueibis den trouver l'occa&ion ; il sut même si bien pro-

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fiter de ces moments précieux , qu'il engagea la fille de Siffredi à lui permettre d'exécuter un projet qu'il méditoit. Il arriva justement dans ce temps-là que Léontio fut obligé, pîir ordre du roi, de faire un voyage dans une province des plus reculées de 1 île. Pendant son absence, Enrique fit faire une ouverture au mur de son appartement qui répondoit à la chambre de Blanche. Cette ouverture étoit couverte d'une coulisse de bois qui se fermoit et s'ouvroit sans qu'elle parût, parce qu'elle étoit si étroitement jointe au lambris , que les yeux ne pouvoient apercevoir l'artifice. Un habile architecte, que le prince avoit mis dans ses intérêts, fit cet ouvrage avec autant de diligence que de secret '.

L'amoureux Enrique s'introduisoit paf^à quelquefois dans la chambre de sa maîtresse ; mais il n'abusoit point de ses bontés. Si elle avoit eu l'imprudence de lui permettre une entrée secrète dans son appartement, du moins ce n'avoit été que sur les assurances qu'il lui avoit données qu'il n'exigeroit jamais d elle nue les faveurs les plus innocentes. Une nuit il la trouva fort inquiète ; elle avoit appris que Roger étoit très-malade, et qu il venoit de mander Siffredi , comme grand chancelier du

' Ces ouvertures en coulisses , qui communiquent en secret d'un ap- ]>artement dans un autre, ont été quelquefois pratiquées dans le monde (la cheminée tournante du maiéchal de PLichelieu), et transportées sur le théâtre avec plus on moins de succès, mais surtout dans les comédies. \.^ Esprit follet de Hauteroche est fondé sur cet artifice , qui produit des scènes plaisantes dans cette comédie, mais qui ne donne lieu ici qu'à des c\ênements tragiques. Dans la tragédie de Saurin , Ouiscard lui-inèmj'dit à Blanche :

.1 ai su me pio(uici une seciclc cnlfcc

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loyaunie, pour le rendre dépositaire de ses dernières volontés. Elle se représentoil déjà sut le trône son cher Enrique ; et, craignant de le perdre dans ce haut rang , ( ette crainte lui causoit une étrange agitation: elle avoit même les larmes aux yeux lorsqu'il parut devant elle. Vous pleurez , madame ? lui dit-il : que dois-je penser de la tristesse où je vous vois plongée ? Seigneur , lui répondit Blanche, je ne puis vous caclier mes alarmes; le roi votre oncle cessera hientôt de vivre, et vous allez remplir sa place. Quand j'envisage combien votre nouvelle grandeur va vous éloigner de moi , je vous avoue que j'ai de l'inquiétude. Un monarque voit les choses d'un autre œil qu'un amant; et ce qui faisoit tous ses désirs quand il reconnoissoit un pouvoir audessus du %ien , ne le touche que foiblement sur le trône. Soit pi'cssentiment , soit raison, je sens s'élever tlans mon cœur des mouvements qui m'agitent, et que ne peut calmer toute la confiance que je dois à vos bontés. Je ne me défie point de la fermeté de vos sentiments ; je ne me défie que de mon bonheur. Adorable Blanche, répliqua le prince, vos craintes sont obligeantes et justifient mon attachement à vos charmes; mais l'excès où vous portez vos défiances offense mon amour, et, si je l'ose dire, l'estime que vous me devez. Non , non , ne pensez pas que ma destinée puisse être séparée de la votre; croyez plutôt que vous seule ferez toujours ma joie et mon bonheur. Perdez donc une crainte vaine : faut-il qu'elle trouble des moments si doux? Ah! seigneur, reprit la fille de Léontio, dès que vous serez couronné , vos sujets pourront vous demander poi-r reine une princesse descendue d'une

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longue suite de rois , et dont 1 hymen éclatant joigne de nouveaux états aux vôtres ; et peut-être, hélas ! répondrez-vous à leur attente , même aux dépens de vos plus doux vœux. Eh! pourquoi , reprit Enrique avec emportement, pourquoi, trop prompte à vous tourmenter, vous faire une ima^e affligeante de l'avenir? Si le ciel dispose du roi mon oncle, et me rend maître de la Sicile, je jure de me donner à vous dans Palerme, en présence de toute ma cour. J'en atteste tout ce qu'on reconnoît de plus sacré parmi nous.

Les protestations d'Enrique rassurèrent un peu la fille <le Siffredi. Le reste de leur entretien roula sur la maladie du roi. Enrique fit voir la bonté de son naturel; il plaignit le sort de son oncle, quoiqu'il n'eût pas sujet d'en être fort touché ; et la force du sang lui fit regretter un prince dont la mort lui prometloit une couronne. Blanche ne savoit pas encore tous les malheurs qui la menacoient. Le connétable de Sicile , qui l'avoit rencontrée comme elle sortoit de l'appartement de son père, im jour qu'il étoit venu au château de Belmonte pour quelques affaires importantes, en avoit été frappé. Il en fit dès le lendemain la demande à Siffredi, qui agréa sa lecherche; mais la maladie de Roger étant survenue dans ce temps-là , ce mariage demeura suspendu , et Blanche n'en avoit point entendu parler.

Un matin, comme Enrique achevoit de s'habiller, il fut surpris de voir entrer dans son appartement Léontio suivi de Blanche. Seigneur, lui dit ce ministre, la nouvelle que je vous apporte aura de quoi vous affliger; mais la consolation qui laccoiiipagne doit modérer votre douleur. Le roi votre oncle vient de moniir ; il vous laisse.

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par sa mort, héritier de son sceptre. La Sicile vous est soumise. Les grands du royaume attendent vos ordres à Païenne : ils m'ont chargé de les recevoir de votre bouche; et je viens, seigneur, avec ma fille, vous rendre les premiers et les plus sincères hommages que vous doivent vos nouveaux sujets. Le prince , qui savoit bien que Koger, depuis deux mois, étoit atteint d'une maladie qui ie détruisoit peu à peu, ne fut pas étonné de cette nouvelle. Cependant, frappé du changement subit de sa condition, il sentit naître dans son cœur mille mouvements confus. Il rêva quelque temps; puis, rompant le silence, il adressa ces paroles à Léontio : Sage Siffredi, je vous regarde toujours comme mon père. Je feiai gloire de me régler par vos conseils , et vous régnerez plus que moi dans la Sicile. A ces mots , s'approchant d une table sur laquelle étoit une écritoire , et prenant une feuille blanche, il écrivit son nom au bas de la page. Que voulez -vous faire, seigneur? lui dit Siffredi. Vous marquer ma reconnoissance et mon estime, répondit Enrique. Ensuite ce prince présenta la feuille à Blanche, et lui dit : Recevez, madame, ce gage de ma foi , et de l'empire que je vous donne sur mes volontés. Blanche la prit en rougissant, et fit cette réponse au prince. Seigneur , je reçois avec respect les grâces de mon roi ; mais je dépends d'un père ; et vous trouverez Son , s il vous plaît, que je remette votre billet entre ses mains , pour en faire l'usage que sa prudence lui conseillera.

Elle donna effectivement à son père la signature d'Enrique. Alors Siffredi remarqua ce qui jusqu'à ce moment (ftoit échappé à, sa pénétration. Il démêla les

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