LIVRE IV, CHAP. IV. SlJ
sentiments du prince, et lui dit : Votre majesté n'aura point de reproche à me faire. Je n'abuserai point de la
confiance Mon cher Léontio, interrompit Enrique,
ne craignez point d'en abuser. Quelque usage que vous fassiez de mon billet, j'en approuverai la disposition. Mais allez, continua-t-il, retournez àPaleime, ordonnez-y les apprêts de mon couronnement, et dites à mes sujets quê"je vais sur vos pas recevoir le serment de leur fidélité,et les assurer de mon affection. Ce ministre obéit aux ordres de son nouveau maître, et prit avec sa fille le chemin de Palerme.
Quelques heures après leur départ, le prince partit aussi de Belmonte, plus occupé de son amour que du haut rang où il alloit monter. Lorsqu'on le vit arriver dans la ville , on poussa mille cris de joie ; il entra parmi les acclamations du peuple dans le palais, où tout étoit déjà prêt pour la cérémonie. Il y trouva la princesse Constance vêtue de longs habillements de deuil. Elle paroissoit fort touchée de la mort de Roger. Gomme ils se dévoient un compliment réciproque sur la mort de ce monarque, ils s'en acquittèrent l'un et l'autre avec esprit, mais avec un peu plus de froideur de la part d'Enrique que de celle de Constance , qui , malgré les démêlés de leur famille , n'avoit pu haïr ce prince. Il se plaça sur le trône, et la princesse s'assit à ses côtés , sur un fauteuil un peu moins élevé. Les grands du royaume prirent leur place , chacun selon son rang. La cérémonie commença; et Léontio, comme grand chancelier de l'état et dépositaire du testament du feu roi, en ayant fait l'ouverture, se mit à le lire à haute voix, (^et acte contenoit en substance que
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Roger, se voyant sans enfant, nonimoit pour son successeur le fils aîné de Mainfroi, à condition qu'il épouscroit la princesse Constance, et que, s'il refusoit sa main, la couronne de Sicile , ù son exclusion , tomberoit sur la tète de l'infant don Pèdie, son frère, à la même condition.
Ces paroles surprirent étrangement Enrique. Il en sentit une peine inconcevable, et cette peine devint encore plus vive lorsque Léontio , après avoir achevé la lecture du testament, dit à toute l'assemblée : Seigneurs, ayant rapporté les dernières intentions du feu roi à notre nouveau monarque, ce généreux prince consent d'honorer de sa main la princesse Constance sa cousine. A ces mots Enrique interrompit le chancelier. Léontio,
lui dit-il , souvenez-vous de lécrit que Blanche vous
Seigneur, interrompit avec précipitation Siffredi, sans donner le temps au prince de s'expliquer , le voici. Les grands du royaume, poursuivit-il en montrant le billet à l'assemblée, y verront, par l'auguste seing de votre majesté , l'estime que vous faites de la princesse , et la déférence que vous avez pour les dernières volontés du feu roi votre oncle.
Ayant achevé ces paroles , il se mit à lire le billet dans les termes dont il l'avoit rempli lui-même. Le nouveau roi y faisoit à ses peuples , dans la forme la plus authentique, une promesse d'épouser Constance, conformément aux intentions de Ro£fer. La salle retentit de longs cris de joie. Vive notre magnanime roi Enrique! s'écrièrent tous ceux qui étoient présents. Comme on n'ignoroit pas l'aversion que ce prince avoit toujours marquée pour la princesse, on avoit craint, avec raison.