‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 152 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV

0})partement au bruit qu'il avoit ouï , et lui racontant rc qui venoit de se passer, il fit ce récit avec toutes les marques d'une extrême agitation et d'une profonde tristesse.

Siiïredi fut surpris de l'aventure. Quoiqu'elle ne lui partit pas naturelle , il ne laissa pas de la croire véritable ; et jugeant tout possible à l'amour du roi , cette pensée l'affligea vivement. Mais , bien loin de flatter les soupçons jaloux de son gendre , il lui représenta d'un air d'assurance que cette voix quil s'imaginoit avoir entendue, et cette épée qui s'étoit opposée à la sienne , ne pouvoient être que des fantômes d'une imagination séduite par la jalousie ; qu'il étoit impossible que quelqu'un fût entré dans la chambre de sa fille : qu'à l'égard de la tristesse qu'il avoit remarquée dans son épouse , quelque indisposition favoit peut - être causée ; que l'honneur ne devoit point être responsable des altérations du tempérament ; que le changement d'état dune fille accoutumée à vivre dans un désert, et qui se voit brusquement livrée à un homme qu'elle n a pas eu le temps de connoître et d'aimer , pouvoit bien être la cause de ces pleurs , de ces soupirs et de cette vive affliction dont il se plaignoit ; que l'amour, dans le cœur des filles d un sang noble, ne s'allumoit que par le temps et par les services ; qu'il l'exhortoit à calmer ses inquiétudes , à redoubler sa tendresse et ses empressements pour disposer Blanche à devenir plus sensible; et qu'il le prioit enfin de retourner vers elle, persuadé que ses défiances et son trouble offensoient sa vertu.

Le connétable ne réphndit rien aux raisons de son

beau-père , soit qu'en effet il commençât à croire quil pou^'oit s'être trompé dans lé désordre où étoit son esprit, soit qu'il jugeât plus à propos de dissimuler, que d'entreprendre inutilement de convaincre le vieillard dun événement si dénué de vraisemblance. Il retourna dans l'appartement de sa femme, se remit auprès d'elle, et tâcha d'obtenir du sommeil quelque relâche à ses inquiétudes. Blanche, de son côté, la triste Blanche n'étoit pas plus tranquille ; elle n'avoit que trop entendu les mêmes choses que son époux , et ne pouvoit prendre pour illusion une aventure dont elle savoit le secret et les motifs. Elle étoit surprise qu'Enrique cherchât à s'introduire dans son appartement j après avoir donné si solennellement sa foi à la princesse Constance. Au lieu de s'applaudir de cette démarche et d'en sentir quelque joie, elle la regardoit comme un nouvel outrage, et son cœur en étoit tout enflammé de colère.

Tandis que la fille de Siffredi , prévenue contre le jeune roi , le croyoit le plus coupable des hommes , ce malheureux prince , plus épris que jamais de Blanche , souhaitoit de l'entretenir pour la rassurer contre les apparences qui le condamnoient. Il seroit venu plus tôt à Belmonte pour cet effet , si tous les soins dont il avoit été obligé de s'occuper le lui eussent permis ; mais il n avoit pu avant cette nuit se dérober à sa cour. Il connoissoit trop bien les détours d'un lieu où il avoit été élevé pour être en peine de se glisser dans le château de Siffredi ; et même il conservoit encore la clef d'une porte secrète par où l'on entroit dans les jardins. Ce fut par là qu'il gagna son ancien appartement , et qu ensuite il pasSa dans la chambre de

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