‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 153 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. IV. Ztll · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV. Ztll

Blanche. Imaginez-vous quel dut être lëtonnement de ce prince d'y trouver un homme et. de sentir une épée opposée à la sienne. Peu s'en fallut qu'il n'éclatât, et ne fît punir à l'heure même laudacieux qui osoit lever sa main sacrilège sur son propre roi ; mais le ménagement qu'il devoit à la fille de Léontio suspendit son ressentiment. Il se retira de la même manière qu'il étoit venu ; et, plus troublé qu'auparavant , il reprit le chemin de Palerme. Il y arriva quelques moments devant le jour , et s'enferma dans son appartement. Il étoit trop agité pour y prendre du repos. Il ne songeoit qu'à retourner à Beîmonte. Sa sûreté , son honneur et surtout son amour ne lui permettoient pas de différer l'éclaircissement de toutes les circonstances d'une si cruelle aventure.

Dès qu'il fut jour , il commanda son équipage de chasse; et, sous prétexte de prendre ce divertissement, il s'enfonça dans la forêt de Beîmonte avec ses piqueurs et quelques-uns de ses courtisans. Il suivit quelque temps la chasse pour cacher son dessein ; et, lorsqu'il vit que chacun couroit avec ardeur à la queue des chiens , il s'écarta de tout le monde , et prit seul le chemin du château de Léontio. Il connoissoit trop les routes de la forêt pour pourvoir s'y égarer; et, son impatience ne lui permettant pas de ménager son cheval, il eut en peu de temps parcouru tout l'espace qui le séparoit de l'objet de son amour. Il cherchoit dans son esprit quelque prétexte plausible pour se procurer un entretien secret avec la fille de Siffredi , quand , traversant une petite Aute qui aboutissoit à une des portes du parc, il aperçut auprès de lui deux femmes assises qui s entretenoient

au pied d'un arbre. 11 ne douta point que ces personnes ne fussent du château, et cette vue lui causa de l'émotion ; mais il fut bien plus agité, lorsque ces femmes s'étant tournées de son côté au bruit que son cheval faisoit en courant, il reconnut sa chère Blanche. Elle s'étoit échappée du château avec Nise, celle de ses femmes qui avoiî le plus de part à sa confiance, pour pleurer du moins son malheur en liberté.

Il vola , il se précipita pour ainsi dire à ses pieds ; et , voyant dans ses yeux tous les signes de la plus profonde affliction , il en fut attendri. Belle Blanche , lui dit - il , suspendez les mouvements de votre, douleur. Les apparences , je l'avoue , me peignent coupable à vos yeux ; mais quand vous serez intruite du dessein que j'ai formé pour vous , ce que vous regardez comme un crime vous paroîtra une preuve de mon innocence et de l'excès de mon amour. Ces paroles, qu'Enrique croyoit capables de modérer l'affliction de Blanche, ne servirent qu'à la redoubler. Elle voulut répondre ; mais les sanglots étouffèrent sa voix. Le prince , étonné de son saisissement , lui dit : Quoi ! madame , je ne puis calmer votre trouble ? Par quel malheur ai - je perdu votre confiance , moi qui mets en péril ma couronne et même ma vie pour me conserver à vous ? Alors la fille de Léontio ,' faisant un effort sur elle pour s'expliquer, lui dit : Seigneur, vos promesses ne sont plus de saison. Rien désormais ne peut lier ma destinée à la vôtre. Ah ! Blanche , interrompit brusquement Enrique , quelles paroles cruelles me faites - vous entendre ? Qui peut vous enlever à mon amour ? qui voudra s'opposer à 1?» fureur d'un roi qui mettroit en feu toute la Sicile,

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