‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 157 sur 241 · LIVIIE IV, CHA.P. IV · texte numérisé non relu

LIVIIE IV, CHA.P. IV

s'ils lien peuvent jouir comme les derniers des mortels , reprenez, Siffredi , cette souveraine puissance que vous mavez voulu assurer aux dépens de mon repos»

"Vous ne pouvez ignorer, seigneur, répliqua le ministre, que c'est au mariage de la princesse que le feu roi votre oncle attache la succession de la couronne. Et quel droit, repartit Eniique, avoit - il lui-même d'établir cette disposition ? Avoit-il reçu cette indigne loi du roi Charles son frère, lorsqu'il lui succéda ? Deviez-vous avoir la foiblesse de vous soumettre à une condition si injuste ? Pour un grand chancelier, vous êtes bien mal instruit de nos usages. En un mot , quand j'ai promis ma main à Constance , cet engagement n'a pas été volontaire. Je ne prétends point tenir ma promesse ; et si don Pèdre fonde sur mon refus 1 espérance démonter au trône, sans engager les peuples dans un démêlé qui coùteroit trop de sang , l'épée pourra décider entre nous qui des deux sera le plus digne de régner. Léontio n'osa le presser davantage, et se contenta de lui demander à genoux la liberté de son gendre; ce qu'il obtint. Allez, lui dit le roi , retournez à Belmonte, le connétable vous y suivra bientôt. Le ministre sortit, et regagna Belmonte, persuadé que son gendre marcheroit incessamment sur ses pas. Il se trompoit. Enrique vouloitvoir Blanche cette nuit ; et pour cet effet il remit au lendemain matin l'élarçrissement de son époux.

Pendant ce temps-là, le connétable faisoit de cruelles réllexions. Son emprisonnement lui avoit ouvert les yeux sur la véritable cause de son malheur. Il s'abandonna GiL Blas. I. 2a

GII. BI.AS.

tout entier à sa jalousie, et, démentant la fidélité qui Tavoit jusqu'alors rendu si recommandable, il ne respira plus que veangeance. Comme il jugeoit bien que le roi ne manqueroit pas cette nuit d'aller trouver Blanche , pour les surprendre ensemble , il pria le gouverneur du château de Palerme de le laisser sortir de prison, l'assurant qu'il y rentreroit le lendemain avant le jour. Le gouverneur, qui lui étoit tout dévoué, y consentit d autant plus facilement, quilavoit déjà su que Siffredi avoit obtenu sa liberté , et même il lui fit donner un cheval pour se rendre à Belmonte. Le connétable y étant arrivé, attacha son cheval à un arbre, entra dans le parc par une petite porte dont il avoit la clef, et fut assez heureux pour se glisser dans le château sans rencontrer personne. Il gagna l'appartement de sa femme, et se cacha dans l'antichambre, derrière un paravent qu'il y trouva sous sa main. Il se proposoit d'observer de là tout ce qui se passeroit, et de paroître subitement dans la chambre de Blanche , au moindre bruit qu'il y entendroit. Il en vit sortir Nise, qui venoit de quitter sa maîtresse pour se retirer dans un cabinet où elle couchoit.

La fille de Siffredi , qui avoit pénétré sans peine le motif de l'emprisonnement de son mari , jugeoit bien qu'il ne reviendroit pas cette nuit à Belmonte, quoique son père lui eût dit que le roi l'avoit assuré que le connétable partiroit bientôt après lui. Elle ne doutoit pas qu'Enrique ne voulût profiter de la conjoncture pour la voir et l'entretenir en liberté. Dans cette pensée , elle attendoit ce prince , pour lui reprocher une action qui pouvoit avoir de terribles suites pour elle. Effective-

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