‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 158 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV

ment, peu de temps après la retraite de Nise, la conlisse s'ouvrit, et le roi vint se jeter aux genoux de Blanche. Madame, lui dit-il, ne me condamnez point sans m'entendre. Si j ai fait emprisonner le connétable, songez que c étoit le seul moyen qui me restoit pour me justifier. j\'imputez donc qu'à vous seule cet artifice. Pourquoi ce matin refusiez-vous de m'entendre.'' Hélas ! demain votie époux sera libre, et je ne pourrai plus vous parler. Ecoutez-moi donc pour la dernière fois. Si votre perte rend mon sort déplorable , accordez-moi du moins la triste consolation de vous apprendre que je ne me suis point attiré ce malheur par mon infidélité. Si j'ai confirmé à Constance le don de ma main , c'est que je ne pouvois m en dispenser dans la situation oii votre père avoit réduit les choses. Il falloit tromper la princesse, pour votre intérêt et pour le mien, pour vous assurer la couronne et la main de votre amant. Je me promettois d'y réussir ; j avois déjà pris des mesures pour rompre cet engagement; mais vous avez détruit mon ouvrage; et, disposant de vous trop légèrement , vous avez préparé une éternelle douleur à deux cœurs qu'un parfait amour auroit rendus contents.

Il acheva ce discours avec des signes si visibles d'un véritable désespoir, que Blanche en fut touchée. Elle ne douta plus de son innocence: elle en eut d abord de la joie, ensuite le sentiment de son infortune en devint plus vif. Ah! seigneur, dit-elle au prince, après la disposition que le destin a faite de nous, vous me causez une peine nouvelle en m'apprenant que vous n'étiez pas coupable. Qu'ai-je fait, malheureuse.'' mon

ressentiment m'a séduite; je me suis crue abandonnée ; et dans mon dépit j'ai reçu la main du connétable, que mon père m'a présentée. J'ai fait le crime et nos malheurs. Hélas! dans le temps que je vous accusois de me tromper, c'étoit donc moi, trop crédule amante, qui rompois des nœuds que j'avois juré de rendre éternels.** Vengez-vous, seigneur, à votre tour. Haïssez l'ingrate Blanche Oubliez Eh! le puis-je, madame? interrompit tristement Enrique : le moyen d'arracher de mon cœur une passion que votre injustice même ne sauroit éteindre! Il faut pourtant vous faire cet effort , seigneur , reprit en soupirant la fille de Siffredi Et serez-vous capable de cet effort, vousmême ? répliqua le roi. Je ne me promets pas d'y réussir, repartit-elle; mais je n'épargnerai rien pour en venir à bout. Ah! cruelle, dit le prince, vous oublierez facilement Enrique, puisque vous pouvez en former le dessein. Quelle est donc votre pensée? dit Blanche d un ton plus ferme. Vous flattez-vous que je puisse vous permettre de continuer à me rendre des soins? ]\on, seigneur, renoncez à cette espérance. Si je n'étois pas née pour êtie reine, le ciel ne m'a pas non plus formée pour écouter un amour illégitime. Mon époux est comme vous, seigneur, de la noble maison d'Anjou ; et quand ce que je lui dois n'opposeroit pas un obstacle insurmontable à vos galanteries, ma gloire m'empêcheroit de les souffrir. Je vous conjure de vous retirer : il ne faut plus nous voir. Quelle barbarie ! s'écria le roi. Ah ! Blanche , est-il possible que vous me traitiez avec tant de rigueur? Ce n'est donc point assez pour m accabler que. vous soyez entre les bras du

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