LIVRE IV, CHAP. X
fait une nouvelle peine, quand vous seriez le dernier des hommes , je ferai ce que l'honneur me prescrit. Eh bien ! madame, lui dis-je , puisque la mort d'un frère n'est pas capable de vous exciter à l'épandre mon sang , je veux irriter votre haine par un nouveau crime dont j'espère que vous n'excuserez point l'audace. Je vous adore : je n'ai pu voir vos charmes sans en être ébloui, et, malgré l'obscurité de mon sort , j'avois formé l'espérance d'être à vous. Xétois assez amoureux, ou plutôt assez vain pour me flatter que le ciel , qui peut-être me fait grâce en me cachant mon origine, me la découvriroit un jour, et que je pourrois sans rougir vous apprendre mon nom. Après cet aveu qui vous outrage , balancerez-vous encore à me punir ?
Ce téméraire aveu, répliqua la dame, m'offenseroit sans doute dans un autre temps ; mais je le pardonne au trouble qui vous agite. D'ailleurs, dans la situation où je suis moi-même, je fais peu d'attention aux discours qui vous échappent. Encore une fois, don Alphonse, ajouta-t-elle en versant quelques larmes , partez , éloignez-vous d'une maison que vous remplissez de douleur ; chaque moment que vous y demeurez augmente mes peines. Je ne résiste plus, madame, lepartis-je en me relevant ; il faut m'éloigner de vous ; mais ne pensez pas que, soigneux de conserver une vie qui vous est odieuse, j'aille chercher un asile où je puisse être en sûreté. Non, non, je me dévoue à votre ressentiment. Je vais attendre avec impatience à Tolède le destin que vous me préparez; et, me livrant à vos poursuites, j'avancerai moimême la fin de mes malheurs.
Je me retirai en achevant ces paroles. On me donna
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mon clieval , et je nie rendis à Tolède, où je demeurai huit jours , et où véritablement je pris si peu de soin de me cacher, que je ne sais comment je n'ai point été arrêté j car je ne puis croire que le comte de Polan , qui ne songe qu'à me fermer tous les passages, n'ait pas jugé que je pouvois passer par Tolède. Enfin je sortis hier de cette ville , où il sembloit que je m'ennuyasse d'être en hberté ; et, sans tenir de route assurée, je suis venu jusqu'à cet ermitage , comme un homme qui n'auroit rien eu à craindre. Voilà, mon père , ce qui m'occupe. Je vous prie de m'aider de vos conseils ' .