‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 200 sur 241 · LIVRE V, CHAP. I. 4ûJ · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. I. 4ûJ

Nous vîmes bientôt revenir le jeune homme de Calatrava. Il étoit accompagné de deux bourgeois, et d'un alguazil, aussi respectable par sa moustache et sa mine brune que par sa charge. Le père de Florentine étoit avec nous. Seigneur de Moyadas, lui dit Pedro, voici trois honnêtes gens que je vous amène; ils me connoissent, et peuvent vous dire qui je suis. Oui, certes, s'écria l'alguazil, je puis le dire; je le certifie à tous ceux qu'il appartiendra, je vous connois : vous vous appelez Pedro, et vous êtes fils unique de Juan Vêlez de la Menibrilla; quiconque ose soutenir le contraire est un imposteur. Je vous crois, monsieur l'alguazil, dit alors le bon homme Jérôuîe de Moyadas. Voti-e témoignage est sacré pour moi, aussi bien que celui des seigneurs marchands qui sont avec vous. Je suis pleinemejit convaincu que le jeune cavalier qui vous a conduit ici est le fils unique du correspondant de mon frère. Mais que m'importe? Je ne suis plus dans la résolution de lui donner ma fille; j'ai changé de sentiment.

Oh! c'est une autre aifaire, dit l'alguazil. Je ne viens dans votre maison que pour vous assurer que ce jeune homme m'est connu. Vous êtes certainement maître de votre fille, et Ion nesauroit vous contraindre àla marier malgré vous. Je ne prétends pas non plus, interrompit Pedro, faire violence aux volontés du seigneur Moyadas, qui peut disposer de sa fille comme bon lui semblera ; mais il me permettra de lui demander pourquoi il a changé de sentiment. A-t-il quelque sujet de se plaindre de moi? Ah! du moins qu'en perdant la douce espérance détre son gendre, j apprenne que je ne. J'ai point perdue par ma faute. Je ne me plains pas de vous,

répondit le bon vieillard ; je vous le dirai même, c'est a regret que je me vois dans la nécessite de vous manquer de parole , et je vous conjure de me le pardonner. Je suis persuadé que vous êtes trop généreux pour me savoir mauvais gré de vous préférer un rival qui ma sauvé la vie. Vous le voyez, poursuivit-il en me montrant, c'est ce seigneur qui m'a tiré d'un grand péril ; et, pour ni'excuser encore mieux auprès de vous, je vous apprends que c'est un prince italien qui, malgré 1 inégalité de nos conditions, veut bien épouser Florentine, dont il est devenu amoureux.

A ces dernières paroles, Pedro demeura muet et confus. Les deux marchands ouvrirent de grands yeux, <;t parurent fort surpris. Mais l'alguazil , accoutumé à regarder les choses du mauvais côté, soupçonna cette merveilleuse aventure d'être une fourberie où il v avoit à gagner pour lui. Il m'envisagea fort attentivement; et comme mes traits, qui lui étoient inconnus, inettoient en défaut sa bonne volonté, il examina mon camarade avec la même attention. Malheureusement pour mon altesse, il reconnut Morales; et, se ressouvenant de l'avoir vu dans les prisons de Ciudad-Réal : Ah! ah! s'écria-t-il, voici une de mes pratiques. Je remets ce gentilhomme, et je vous le donne pour un des plus parfaits fripons qui soient dans les royaumes et principautés d Espagne. Allons, bride en main, monsieur l'alguazil, dit Jéi'ome de Moyadas ; ce garçon, dont vous nous faites un si mauvais portrait, est un «îomestique du prince. Fort bien, repartit lalguazil ; je nen veux pas davantage pour savoir à quoi m en tenir. Je juge du maître par le valet. Je ne doute pas

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