‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 222 sur 241 · LIVRE V, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. II

Il vit sur l'herbe, autour d'une chandelle qui brûloit dans une motte de terre, quatre hommes assis qui achevoient de manger un pâté et de vider une assez grosse outre qu'ils baisoient à la ronde. Il aperçut encore à quelques pas d'eux une femme et un cavalier attachés à des arbres, et un peu plus loin une chaise roulante, avec deux mules richement caparaçonnées. Il jugea d'abord que les hommes assis dévoient être des voleurs; et les discours qu'il leur entendit tenir lui firent connoître qu'il ne se trompoit pas dans sa conjecture. Les quatre brigands faisoient voir une égale envie de posséder la dame qui étoit tombée entre leurs mains, et ils parloient de la tirer au sort. Lamela, instruit de ce que c'étoit , vint nous rejoindre, et nous fit un fidèle rapport de tout ce qu'il avoit vu et entendu.

Messieurs, dit alors don Alphonse, cette dame et ce cavalier que les voleurs ont attachés à des arbres sont peut-être des personnes de la première qualité. Souffrirons-nous que des brigands les fassent servir de victimes à leur barbarie et à leur brutalité ? Croyez -moi, chargeons ces bandits; qu'ils tombent sous nos coups. J'y consens , dit don Raphaël. Je ne suis pas moins prêt à faire une bonne action qu'une mauvaise. Ambroise , de son côté, témoigna qu'il ne demandoit pas mieux que de prêter la main à une entreprise si louable , et dont il prévoyoit, disoit-il, que nous serions bien payés. J'ose dire aussi qu'en cette occasion le péril ne m'épouvanta point , et que jamais aucun chevalier errant ne se montra plus prompt au service des demoiselles. Mais, pour dire les choses sans trahir la vérité , le danger n'étoit pas grand ; car Lamela nous ayant rapporté que

5utî Gir, BLAS.

les armes des voleurs étoient toutes en un monceau k dix ou douze pas deux, il ne nous fut pas fort difficile tl'exécuter notre dessein. Nous liâmes notre cheval à nn arbre, et nous nous approchâmes à petit bruit de l'endroit où étoient les brigands. Ils s'entretenoient avec Jieaucoup de chaleur, et faisoient un bruit qui nous aidoit à les surprendre. Nous nous rendîmes maîtres de leurs armes avant qu'ils nous découvrissent; puis, tirant sur eux à bout portant, nous les étendîmes tous sur la place.

Pendant cette expédition la chandelle s'éteignit, de .soite que nous demeurâmes dans l'obscurité. Nous ne laissâmes pas toutefois de délier l'homme et la femme, que la crainte tenoit saisis à un point qu'ils n avoient pas la force de nous remercier de ce que nous venions de faire pour eux. Il est vrai qu'ils ignoroient encore s ils dévoient nous regarder comme leurs libérateurs, ou comme de nouveaux bandits qui ne les enlevoient |)()iiit aux autres pour les mieux traiter. Mais nous les rassurâmes en leur disant que nous allions les conduire jus^ju à mie hôtellerie qu'Ambroise soutenoit être à une denji-lieue de là , et qu'ils pourroient en cet endroit prendre toutes les précautions nécessaires pour se rendre siirement où ils avoient affaire. Après cette assurance, dont ils parurent très-satisfaits, nous les remîmes dans leur chaise, et les tirâmes hois du bois en tenant la bride de leurs mules. Nos anachoiètes visitèrent ensuite les poches des vaincus. Puis nous allâmes reprendre le cheval de don Alphonse. Nous prîmes aussi ceux des voleurs , que nous trouvâmes attachés à des arbres auprès du champ de bataille. Puis , emmenant aver

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