‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 223 sur 241 · LIVRE V, CHAP. II. OOy · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. II. OOy

nous tous ces chevaux, nous suivîmes le frère Antoine, qui monta sur une des mules pour mener la chaise à

I hôtellerie, où nous n'arrivâmes pourtant que deux heures après, quoiqu'il eût assuré qu'elle n'ètoit pas fort éloignée du bois.

Nous frappâmes rudement a hi porte. Tout le monde etoit déjà couché dans la maison. L'hote et l'hôtesse ^e levèrent à la hâte, et ne furent nullement fâchés de voir troubler leur repos par l'arrivée d'un équipage qui paroissoit devoir faire chez eux beaucoup plus de dépense quil n'en fit. Toute l'hôtellerie fut éclairée dans un moment. Don Alphonse et lillustre hls de Lucinde donnèrent la main an cavalier et à la dame pour les aider à descendre de la chaise; ils leur servirent même d écuyers jusqu'à la chambre où Ihôte les conduisit. 11 se fit là bien des compliments, et nous ne fûmes pas peu étonnés quand nous apprîmes que c'étoit le comte de Polan lui-même et sa fille Séraphinc que nous venions de délivrer. On ne sauroit dire quelle fut la surprise de cette dame, non plus que celle de don Alphonse, lorsqu'ils se reconnurent tous deux. Le comte n y prit pas garde , tant il étoit occupé d'autres choses.

II se mit à nous raconter de quelle manière les voleurs l'avoient attaqué , et comment ils s'étoient saisis de sa fille et de hii , après avoir tué son postillon , un page et un valet de chambre. Il finit en nous disant qu'il sentoit vivement l'obligation quil nous avoit, et que, si nous voulions l'aller trouver à Tolède, où il seroit dans un mois, nous éprouverions s il étoit ingrat ou reconnoissanr.

La fille de ce seigneur n'oublia pas de nous remercier

aussi de son heureuse délivrance; et, comme nous jugeâmes, Raphaël et moi, que nous ferions plaisir à don Alphonse si nous lui donnions le moyen de parler un moment en particulier à cette jeune veuve, nous y réussîmes en amusant le comte de Polan. Belle Séraphine, dit tout bas don Alphonse à la dame , je cesse de me plaindre du sort qui m'oblige à vivre comme un homme banni de la société civile , puisque j'ai eu le bonheur de contribuer au service important qui vous a été rendu. Eh quoi ! lui répondit-elle en soupirant , c'est vous qui m'avez sauvé la vie et Ihonneur! c'est à vous que nous sommes , mon père et moi , si redevables ! Ah ! don Alphonse, pourquoi avez-vous tué mon frère? Elle ne lui en dit pas davantage ; mais il comprit assez par ces paroles et par le ton dont elles furent prononcées, que s il aimoit éperdument Séraphine , il n'en étoit guère moins aimé.

FIN Di; I.IVKF CIJVQllItMK.

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