I,IVRE VI, CHAI
drai compte à l'inquisition. Hâtez-vous donc, conlinuat-il , d'aller chercher ce Gaspard dont vous parlez : mais faites les choses discrètement j que son maître ne se doute point de ce qui se passe. Le cabaretier s'acquitta» de sa commission avec beaucoup de secret et de diligence. Il amena le garçon marchand. Cétoit effectivement un jeune homme des plus babillai^ds , et tel qu'il nous le falloit. Soyez le bienvenu, mon enfant, lui dit Lamela. Vous voyez en moi un inquisiteur nommé par le saint-office pour informer contre Samuel Simon , (|uc l'on accuse de judaïser. Vous demeurez chez lui; par conséquent vous êtes témoin de la plupart de ses actions. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous avertir que vous êtes obligé de déclarer ce que vous savez de lui , quand je vous l'ordonnerai de la part de la sainte inquisition. Seigneur licencié , répondit le garçon marchand, vous ne pouviez vous adresser à un homme plus disposé à vous instruire de ce que vous voulez savoir j je suis tout prêt à vous contenter là-dessus, sans que vous me l'ordonniez de la part du saint-office. Si 1 on mettoit mon maître sur mon chapitre, je suis persuadé qu il Tie m'épargneroit point; ainsi, je ne le ménagerai pas non plus, et je vous dirai premièrement que cest un sournois dont il est impossible de démêler les secrets sentiments ; un homme qui affecte tous les dehors d'un .saint personnage, et qui dans le fond n'est nullement
veftueux. Il va tous les soirs chez une petite grisette
Je suis bien aise d'apprendre cela, interrompit Ambroise, et je vois , par ce que vous me dites, que c'est un homme de mauvaises mœurs : mais répondez précisément aux questions que je vais vous faire. Cest particulièrement
sur la religion que je suis chargé de savoir quels sont ses sentiments. Dites-moi, mangez-vous du porc dans votre maison ? Je ne pense pas , répondit Gaspard , que nous en ayons mangé deux fois depuis une année que j'y demeure. Fort bien, reprit monsieur l'inquisiteur; écrivez, greffier, qu'on ne mange jamais de porc chez Samuel Simon. En récompense, continua-t-il , on y mange sans doute quelquefois de l'agneau ? Oui , quelquefois, repartit le garçon; nous en avons , par exemple, mangé un aux dernières fêtes de Pâques. L'époque est heureuse, s'écria le commissaire ; écrivez , greffier, que Simon fait la pâque. Cela va le mieux du monde, et il me paroît que nous avons reçu de bons mémoires.
Apprenez-moi encore, mon ami, poursuivit Lamela, si vous n'avez jamais vu votre maître caresser de petits enfants. Mille fois, répondit Gaspard. Lorsqu'il voit passer de petits garçons devant notre boutique , pour peu qu'ils soient jolis, il les arrête et les flatte. Ecrivez, greffier, interrompit l'inquisiteur, que Samuel Simon est violemment soupçonné d'attirer chez lui les enfants des chrétiens pour les égorger. L'aimable prosélyte ! Oh! oh! monsieur Simon, vous aurez affaire au saint-office, sur ma parole! Ne vous imaginez pas qu'il vous laisse impunément faire vos baibares sacrifices. Courage , zélé Gaspard , dit-il au garçon marchand , déclarez tout; achevez de faire connoître que ce faux catholique est attaché plus que jamais aux coutumes et aux cérémonies des Juifs. N est-il pas vrai que dans la semaine vous le voyez un jour dans une inaction totale.'' Non , répondit Gaspard , je n ai point remarqué celuilà. Je m'aperçois seulement qu'il y a des jours où il