‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 23 sur 241 · LIVRE I, CHAP. Vlir. /^S · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. Vlir. /^S

brasser. Courage , Gil Blas , me dit Rolando ; tu viens (le faire des merveilles. J'ai eu les yeux sur toi pendant ton expédition ; j'ai observé ta contenance , je te prédis que tu deviendras un excellent voleur de grands chemins. Le lieutenant et les autres applaudirent à la prédiction, et m'assurèrent que je ne pouvois manquer de l'accomplir quelque jour. Je les remerciai de la haute idée qu'ils avoient de moi , et leur promis de faire tous mes efforts pour la soutenir.

Après qu'ils m'eurent d'autant plus loué que je méritois moins dé l'être, il leur prit envie d'examiner le butin dont je revenois chargé. Voyons, dirent - ils , voyons ce qu'il y a dans la bourse du religieux. Elle doit être bien garnie, continua l'un d'entre eux, car ces bons pères ne voyagent pas en pèlerins. Le capitaine délia la bourse, l'ouvrit, et en tira deux ou trois poignées de petites médailles de cuivre , entremêlées d^Jgmis Dei , avec quelques scapulaires. A la vue d'un larcin si nouveau, tous les voleurs éclatèrent en ris immodérés. Vive Dieu! s'écria le lieutenant, nous avons bien de l'obligation à Gil }31as ; il vient , pour son coup d'essai , de faire un vol fort salutaire à la compagnie. Cette plaisanterie en attira d'autres. Ces scélérats , et particulièrement celui qui avoit apostasie , commencèrent à s'égayer sur la matière.

Il leur échappa mille traits qu'il ne m'est pas permis de rapporter, et qui marquoient l)ien le dérèglement de leurs mœurs. Moi seul je ne riois pas. Il est vrai que les railleurs m'en ôtoient l'envie , en se réjouissant ainsi à mes dépens! Chacun me lança son trait, et le capitaine me dit : Ma foi , Gil Blas , je te conseille , en ami ,

de ne te plus jouer aux moines ; ce sont des gens trop fins et trop ruses pour toi.

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