‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 49 sur 241 · LIVRE I, CHAP. XVII. I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XVII. I

souvent estropie ses domestiques. Passons à un autre , m'écriai -je à ce portrait; ce capitaine -là n'est pas de mon goût. Ma vivacité fit sourire Arias , qui poursuivit ainsi sa lecture : Dona Manuela de Sandoval , douairière surannée , hargneuse et bizarre , est actuellement sans laquais ; elle n'en a qu'un d ordinaire , encore ne le peut-elle garder un jour entier. Il y a dans la maison , depuis dix ans, un habit qui sert à tous les valets qui entrent , de quelque taille qu'ils soient : on peut dire qu'ils ne font que l'essayer, et qu'il est encore tout neuf , quoique deux mille laquais l'aient porté. 11 manque un valet au docteur Alvar Fanez ; c'est un médecin chimiste. Il nourrit bien ses domestiques , les entretient proprement , leur donne même de gros gages; mais il fait sur eux lépreuve de ses remèdes. Il y a souvent des places de laquais à remplir chez cet homme-là.

Oh ! je le crois bien , interrompit Fabrice en riant.

Vive Dieu! vous nous enseicrnez là de bonnes condi-

lions! Patience, dit Arias de Londona; nous ne sommes pas au bout : il y a de quoi vous contenter. Là-dessus il continua de lire de cette sorte : Dona Alfonsa de Solis, vieille dévote, qui passe les deux tiers de la journée dans l'église , et veut que son valet y soit toujours auprès d'elle, n'a point de laquais depuis trois semaines. Le licencié Sédillo, vieux chanoine du chapitre de cette ville,

chassa hier au soir son valet Halte-là , seigneur Arias

de Londona, s'écria Fabrice en cet endroit; nous nous en tenons à ce dernier poste. Le licencié Sédillo est des amis de mon maître, et je le connois parfaitement. Je sais qu'il a pour gouvernante une vieille béate qu'on

iiunime la dame Jacinte, et qui dispose de tout chez lui. C'est une des meilleures maisons de Valladolid. On y vit doucement et l'on y fait très-bonne chère. D'ailleurs le chanoine est un homme infirme , un vieux goutteux qui fera bientôt son testament : il y a un legs à espérer. La charmante perspective pour un valet! Gil Blas, ajoutat-il en se tournant de moti côté, ne perdons point de temps, mon ami j allons tout à l'heure chez le licencié. Je veux te présenter moi-même, et te servir de répondant. A ces mots, de crainte de manquer une si belle occasion, nous prîmes brusquement congé du seigneur Arias, qui m'assura, pour mon argent, que, si cette condition m'échappoit, je pouvois compter qu'il m'en feroit trouver une aussi bonne.

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