‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 78 sur 241 · LIVRE II, CIIAP. VII. I-'D · texte numérisé non relu

LIVRE II, CIIAP. VII. I-'D

maître , à vous perdre de réputation , et à me couvrir lî infamie, moi qui ai toujours passé pour un domestique d'une conduite irréprochable. Jaime mieux sortir de votre maison que d y servir d'une manière si honteuse. Ah! Marcos, interrompit la dame tout effravée de ce? dernières paroles, vous me percez le coeur quand vous me parlez de vous retirer. Cruel, vous songez à m'abandonner après m'avoir réduite dans l'état où je suis ? Rendez-moi donc auparavant mon orgueil et cet esprit sauvage que vous m'avez ôté. Que n'ai-je encore ces heureux défauts! je serois aujourd hui tranquille; au lieu que vos remontrances indiscrètes m ont ravi le repos dont je jouissois. Vous avez corrompu mes mœurs en voulant les corriger ]Mais, poursuivit-elle en pleurant , que dis -je , malheureuse ? pourquoi vous faire d'injustes reproches ? JSon , mon père , vous n'êtes point l'auteur de mon infortune; cest mon mauvais sort qui me préparoit tant d'ennui. jSe prenez point garde , je vous en conjure, aux discours extravagants qui m'échappent. Hélas! ma passion me trouble l'esprit : avez pitié de ma foiblesse; vous êtes toute ma consolation ; et, si ma vie vous est chère, ne me refusez point votre assistance.

A ces mots ses pleurs redoublèrent , de sorte qu'elle ne put continuer. Elle tira son mouchoir; et, s'en couvrant le visage , elle se laissa tomber sur une chaise , comme une personne qui succombe à son affliction. Le vieux Marcos , qui étoit peut-être la meilleure pâte d'écuyer qu'on vît jamais , ne résista point à un spectacle si touchant; il en fut vivement pénétré; il confondit même ses larmes avec relies de sa maîtresse, et

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lui dit d'un air attendri : Ah! madame, que vous êtes séduisante ! Je ne puis tenir contre votre douleur j elle vient de vaincre ma vertu. Je vous promets mon secours. Je ne m'étonne plus si lamour a la force de vous faire oublier votre devoir, puisque la compassion seule est capable de m'écarter du mien. Ainsi donc l'écuyer, malgré sa conduite irréprochable, se dévoua fort obligeamment à la passion de Mergellna. Il vint un matin m'instruire de tout cela ; et il me dit , en me quittant, qu'il concertoit déjà dans son esprit ce qu'il avoit à faire pour me procurer une secrète entrevue avec la dame. Il ranima par là mon espérance ; mais j'appris , deux heures après, une très -mauvaise nouvelle. Un garçon apothicaire du quartier, une de nos pratiques, entra pour se faire faire la barbe. Tandis que je me disposois à le raser, il me dit : Seigneur Diego, comment gouvernez-vous le vieil écuyer Marcos de Obregon , votre ami ? Savez-vous qu'il va sortir de chez le docteur Oloroso ? Je répondis que non. C'est une chose certaine , reprit-il : on doit aujourd'hui lui donner son congé. Son maître et le mien viennent devant moi, tout à l'heure, de s'entretenir à ce sujet; et voici , poursuivit-il, quelle a été leur conversation. Seigneur Apuntador ' , a dit le médecin , j'ai une prière à vous faire. Je ne suis pas content d'un vieil écuyer que j'ai dans ma maison, et je voudrois bien mettre ma femme sous la conduite d'une duègne ' fidèle , sévère et vigilante. Je vous entends, a interrompu mon maître. Vous auriez

' Apunlador, celui qui marque, qui pointe et qui braque. ' Duègne, qu'on prononce douègne, vieille femme qui veille sur la conduite d'une jenne. Diiena de honor, dame d'honneur.

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