‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 79 sur 241 · LIVRE II, CHAP. VII. IJTT · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. VII. IJTT

besoin de la dame Melancia, qui a servi de gouvernante à mon épouse, et qui, depuis six semaines que je suis veuf, demeure encore chez moi. Quoiqu'elle me soit utile dans mon ménage, je vous la cède, à cause de l'intérêt particulier que je prends à votre honneur. Vous pourrez vous reposer sur elle de la sûreté de votre front : c est la perle des duègnes , un vrai dragon pour garder la pudicité du sexe. Pendant douze années entières qu'elle a été auprès de ma femme , qui , comme vous savez , avoit de la jeunesse et de la beauté , je n'ai pas vu l'ombre d'un galant dans ma maison. Oh! yive Dieu! il ne falloit pas s'y jouer. Je vous dirai même que la défunte , dans les commencements, avoit une grande propension à la coquetterie ; mais la dame Melancia la refroidit bientôt , et lui inspira du goût pour la vertu. Enfin c'est un trésor que cette gouvernante , et vous me remercierez plus d'une fois de vous avoir fait ce présent. Là-dessus le docteur a témoigné que ce discours lui donnoit bien de la joie; et ils sont convenus, le seigneur Apuntador et lui, que la duègne iroit dès ce jour remr plir la place du vieil écuyer.

Cette nouvelle , que je crus véritable , et qui l'étoit en effet, troubla les idées de plaisir dont je recommençois à me repaître; et Marcos , l'après-dînée , acheva de les confondre, en me confirmant le rapport du garçon apothicaire. Mon cher Diego , me dit le bon écuyer , je suis ravi que le docteur Oloroso m'ait chassé de sa maison ; il m'épargne par là bien des peines. Outre que je me voyois à regret chargé d'un vilain emploi , il m'auroit fallu imaginer des ruses et des détours pour vous faire parler en secret à Mergelina. Quel embarras ! Gii. Bi.AS. '.. lu

IJO GIL BLAS.

Grâces au ciel, je suis délivré de ces soins fâcheux, et du danger qui les acconipagnoit. De votre côté, mon fds, vous devez vous consoler de la perte de quelques doux moments , qui auroient pu être suivis de mille chagrins. Je goûtai la morale de Marcos , parce que je n'espérois plus rien, et je quittai la partie. Je n'étois pas, je l'avoue, de ces amants opiniâtres qui se roidissent contre les obstacles ; mais quand je 1 aurois été , la dame Melancia m'eût fait lâcher prise. Le caractère qu'on donnoit à cette duègne me paroissoit capable de désespérer tous les galants. Cependant , avec quelques couleurs qu'on me leût peinte, je ne laissai pas, deux ou trois jours après, d'apprendre que la femme du médecin avoit endormi cet argus , ou corrompu sa fidélité. Comme je sortois pour aller raser un de nos voisins , une bonne vieille m'arrêta dans la rue , et me demanda si je m'ap- |>elois Diego delaFuente. Je répondis qu'oui. Cela étant, reprit elle , c'est à vous que j'ai affaire. Trouvez - vous cette nuit à la porte de dona Mergelina; et quand vous y serez, faites-le connoître par quelque signal, et l'on vous introdiùra dans la maison. Eh bien! lui dis-je, il faut convenir du signe que je donnerai. Je sais contrefaire le chat à ravir ; je miaulerai à diverses reprises. C'est assez, répliqua la messagère de galanterie ; je vais porter votre réponse. Votre servante , seigneur Diego ; que le ciel vous conserve! Ah! que vous êtes gentil! Par sainte Agnès , je voudrois n avoir que quinze ans, je ne vous chercherois pas pour les autres! A ces paroles, l'officieuse vieille s'éloigna de moi.

Vous vous imaginez bien que ce message m'agita furieusement : ailieu la morale de Marcos. J'attendis la

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