‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 95 sur 241 · LIVRE III, CHAP. II. ail · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. II. ail

ne résiste point , il y auroit de la barbarie à l'égorger. D'ailleurs il n'est point responsable des a(?tions de son père ; et son père ne fait que son devoir lorsqu'il nous condamne à la mort , comme nous faisons le nôtre en détroussant les voyageurs.

J'intercédai donc pour le fils du corrégidor, et mon intercession ne lui fut pas inutile. Nous prîmes seulement tout l'argent qu'il avoit , et nous emmenâmes les chevaux des deux hommes que nous avions tués. Nous les vendîmes avec ceux que nous conduisions à Mansilla. Nous nous en retournâmes ensuite au souterrain , où nous arrivâmes le lendemain quelques moments avant le jour. Nous ne fûmes pas peu surpris de trouver la trappe levée ; et notre surprise devint encore plus grande lorsque nous vîmes dans la cuisine Léonarde liée. Elle nous mit au fait en deux mots. Le souvenir de ta colique nous fit rire ; nous admirâmes comment tu avois pu nous tromper : nous ne t'aurions jamais cru capable de nous jouer un si bon tour , et nous te le pardonnâmes à cause de l'invention. Dès que nous eûmes détaché la cuisinière , je lui donnai ordre de nous apprêter à manger. Cependant nous allâmes soigner nos chevaux à l'écurie , où le vieux nègre , qui n'avoit reçu aucun secours depuis vingtquatre heures , étoit à l'extrémité. Nous souhaitions de le soulager , mais il avoit perdu connoissance; et il nous parut si bas, que, malgré notre bonne volonté, nous laissâmes ce pauvre îdiable entre la vie et la mort. Gela ne nous empêcha pas de nous mettre à table ; et, après avoir amplement dc^eûné, nous nous retirâmes dans nos chambres , où nous reposâmes toute la journée. A

notre réveil , Léonarde nous apprit que Domingo ne vivoit plus. Nous le portâmes dans le caveau où tu dois te souvenir d'avoir couché , et là nous lui fîmes des funérailles comme s'il eût eu Ihonneur d'être un de nos compagnons.

Cinq ou six jours après , il arriva que , voulant faire une course , nous rencontrâmes un matin , à la sortie du bois , trois brigades d'archers de la sainte Hermandad, qui sembloient nous attendre pour nous charger. Nous n'en aperçûmes d'abord qu'une. Nous la méprisâmes , bien que supérieure en nombre à notre troupe, et nous l'attaquâmes ; mais , dans le temps que nous étions aux mains avec elle , les deux autres, qui avoient trouvé moyen de se tenir cachées , vinrent tout-à-coup fondre sur nous ; de sorte que notre valeur ne nous servit de rien. 11 fallut céder à tant d'ennemis. Notre lieutenant et deux de nos cavaliers périrent dans cette occasion. Les deux autres et moi nous fûmes enveloppés et serrés de si près, que les archers nous prirent; et, tandis que deux brigades nous conduisoient à Léon, la troisième alla détruire notre retraite , qui avoit été découverte de la manière que je vais te le dire. Un paysan de Luceno, en traversant la forêt pour s'en retourner chez lui , aperçut par hasard la trappe de notre souterrain que tu n'avois pas abattue ; car cétoit justement le jour que tu en sortis avec la dame. Il se douta bien que cétoit notre demeure. Il n'eut pas le courage d y entrer. Il se contenta d'observer les environs ; et , pour mieux remarquer l'endroit , il écorça légèrement avec son couteau quelques arbres voisins, et d'autres encore de distance en distance , jusqu'à ce

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