SOIR PAÏEN
C'est, un beau soir couleur de rose et d'ambre clair. Le temple d'Adonis, en haut du promontoire, Découpe sur fond d'or sa colonnade noire; Et la première étoile a brillé sur la mer...
Pendant qu'un roseau pur module un lent accord, Là-bas, Pan accoudé sur les monts se soulève Pour voir danser, pieds nus, les nymphes sur la grève; Et des vaisseaux d'Asie embaument le vieux port...
Des femmes, épuisant tout bas l'heure incertaine, Causent, l'urne appuyée au bord de la fontaine, Et les bœufs accouplés délaissent le sillon.
La Nuit vient, parfumée aux roses de Syrie...
Et Diane au croissant clair, ce soir en rêverie,
Au fond des grands bois noirs qu'argenté un long rayon,
Baise ineiïablement les yeux d'Endymion.
ILDA
Pâle comme un matin de septembre en Norvège, Elle avait la douceur magnétique du Nord; Tout s'apaisait près d'elle en un tacite accord, Comme le bruit des pas s'étouffe dans la neige.
Son visage, par un étrange sortilège, Avait pris dès l'enfance et gardait sans efforts Un peu de la beauté sublime qu'ont les morts; Et le rire semblait près d'elle sacrilège.
Triste avec passion, sur l'eau de ses grands yeux Le Songe errait comme un rameur silencieux. Tout ce qui la touchait s'imprégnait d'un mystère,
Et si douce, enroulant ses boucles à ses doigts, Avec une pudeur farouche de sa voix, Elle vivait pour la volupté de se taire.