‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 107 sur 221 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

grin d'écrire. Pour la lecture, c'est tout de même^ vous dévorez jusqu'à des tragédies avec un appétit féroce, pendant que je dors à leur doux murmure. Dans le monde, vous ne savez que faire, à moins que ce ne soit, comme M. de Brancas, d'accrocher votre perruque à un lustre ; vous ne dites mot, ou vous parlez tout seul, sans vous soucier de ce qui vous entoure ; moi, je l'avoue, j'aime la causerie, j'irais volontiers jusqu'au bavardage si tant de gens ne s'en mêlaient pas, et pendant que vous êtes dans un coin, boudant d'un air sauvage, le bruit m'amuse, m'entraîne, un bal m'éblouit. Est-ce qu'avec toutes ces disparates on ne pourrait pas faire un tableau ? Trouvons un cadre où nous pourrions mettre, vous, votre feuille morte, moi, ma couleur de rose, nos qualités par-dessus nos défauts; où nous serions, à tour de rôle, tantôt le chien, tantôt l'aveugle. Ne serait-ce pas un bel exemple à donner au monde, qu'un homme ayant assez d'amour pour renoncer à dire : «Je veux,» et une femme sacrifiant plus encore, le plaisir de dire : « Si je voulais ! »

Vous me ravissez, vous me transportez. Ah!

madame, si vous me jugiez digne de vous confier ma vie entière, je mourrais de joie à vos pieds,

LA COMTESSE

Non pas; où seraient mes profits?

Entre Germain avec la maîJe,

OBRMAIN, entrant.

Voilà votre malle, monsieur le marquis.

LlB MARQ^UIS.

Et mon oncle?

GERMAIN

Il n'est pas revenu de chez monsieur Duplessis.

LE MARQ^UXS.

Eh bien! madame?

LA COMTESSE

Eh bien!... essayons.

Vite, Germain, François, Victoire ! apportez tout ce qu'il y a ici.

LA COMTESSE

C'est là votre manière de me remercier ?

Hé| madame, j'aurai bien le temps.

LA COMTESSE

Comment, bien le temps? c'est honnête!

Certainement, puisqu'à compter de ce jour je ne veux plus faire autre chose pendant tout le reste de ma vie.

Entre Victoire,

VICTOIRE

Madame a besoin de moi ?

C'est donc vous, mademoiselle Victoire, qui vous êtes permis tantôt...

Me la -grondez pas, Si j'avais maintenant le dia-

SCèNB IX. 211

mant de Buckingham, au lieu de le jeter par la fenêtre, je le mettrais dans sa poche.

Il y met une bourse.

LA COMTESSE

Est-ce là cet homme si raisonnable!

lE MARQ^UIS.

Ah! madame^ grâce pour aujourd'hui. Plaçons d'abord ici toute votre musique.

LA COMTESSE

Voilà un bon commencement.

LE M A R <^u I S , arrangeant la musique.

On l'aime beaucoup en Allemagne. Nous trouverons des connaisseurs là-bas. Je me fais une fête de vous voir chanter devant eux.

Il chante :

Fanny, l'heureux mortel...

Ils vous adoreront, ces braves gens. — Germain!

GERMAIN

Monsieur ?

Va me chercher mon violQn.

Germain sort,

LA COMTESSE

N'oubliez pas cette romance, au moins.

Elle me rappellera le plus beau jour de ma vie.

LA COMTESSE

Et ma robe feuille morte? Victoire!

aia ON NE SAURAIT PENSES. A TOUT.

VICTOIRE

• Oui, madame.

Elle apporte la rohe, Germain le violon un peu plus tard. LE MARQ^UIS.

Vous voulez la prendre ?

LA COMTESSE

Puisque c'est une de vos conditions.

Ah! grand Dieu! elle est cause que j'ai pu vous déplaire ! Apportez-en d'autres, mademoiselle. Jl la jette sur un meuble.

Sayez-vou8 ce qu'il faut faire? Emportons trèspeu de choses, rien que le plus important ; nous ferons toutes sortes d'emplettes dans le pays.

C'est cela même. — Germain !

GERMAIN

Monsieur?

Mon fusil et mon cor de chasse ; oui, nous achèterons le reste à Gotha.

LA COMTESSE

Comment, à Gotha?

Eh ! oui, c'est là que nous allons.

LA COMTESSE

Ah ! tenez, pitnez ce petit coffre.

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