‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 106 sur 221 · SCÈNE 'IX. i · texte numérisé non relu

SCÈNE 'IX. i

LA COMTESSE

Pas toujours. Cest un original qui fait des por* traits devant son miroir et qui le» peint à son image. Devinez-le. Cest un diplomate qui est assez bon musicien ; un poëte connaisseur en étoffes ; un cliasseur très-dangereux pour la haie, du voisin, très-redoutable au whièt pour son partenaire ; un homme d'esprit qui dit des bêtises;, un fort galant homme qui en fait quelquefois;, enfin, cîest un amant plein de délicatesse qui, pour, gagner le cœur d'une femme, lui adresse des compliments 'par usage, et des injures par distraction.

LE MARQ^UrS.

• Si j'ai commis celle-là, madame, ce sera. 1»' dernière de ma vie, et vous verrez si dans ce voyage..'.

LA COMTESSE

Mais ce voyage, est-ce que j'y consens?

LE MARQ^iriS.

Vous aVéz dit oui..

•LA COMTESSE

J^âi dit presque oui. Entre ces deux mots-là il y -a tout -un monde, .'

Consentez donc, madame, et ce portrait que vous venez de faire, ce portnUt ne sera plus le mien. Oui, s'il est ressemblant aujourd'hui, c'est grâce à vous, je le proteste. C'est le doute, la crainte, l'espérance, l'inquiétude > où j'étais sans cesse, qui m'empêchaient de voir et d'entendre, de •comprendre ce qui n'était pas vous. Ne mè faites

pas IMnjure de croire que j^aurais perdu la raison si je vous avais moins aimée ; je l'avais laissée dans vos yeux ; il ne vous faut qu'un mot pour me la rendre.

Ce que vous dites là me donne une idée plaisante, c'est qu'il pourrait se faire que, sans nous en douter, nous nous fussions volé notre raison l'un à l'autre. Vous êtes distrait, dites-vous, pour l'amour de moi ; peut-être suis-je étourdie par amitié pour vous. Dites donc, marquis, si nous essayions de réparer mutuellement le dommage que nous nous sommes fait? Puisque j'ai pris votre bon sens et vous le mien, si nous nous conduisions tous deux d'après nos conseils réciproques ? Ce serait peut-être un moyen excellent de parvenir à une grande sagesse-

Je ne demande pas mieux que de vous obéir.

LA COMTESSE

II ne s'agit pas de cela, mais d'un simple échange. Par exemple, je suis paresseuse, vous me l'avez dit...

Mais, madame...

LA COMTESSE

Vous me l'avez dit, et j'en conviens. Vous, au contraire, vous remuez toujours ; vous revenez de la chasse quand je me lève; vous avez sans cesse les doigts tachés d'encre, et c'est pour moi un cha-

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