DAME PAC^UB
Vraiment, elle s^en soucie bien! Laissez -moi faire. On lui proposera telle personne qu'elle ne refusera pas.
MAITRE BERNARD
Je sais ce que vous voulez dire, et pour celui-là, c'est moi qui le refuse. Vous vous êtes coiffée d-ùn flandrin.
DAME PAQ.UE.
Vous verrez vous-même ce qui en est.
MAITRE BERNARD
Ce qui en est? Mais, dame Pâque,il y a pourtant dans ce monde certaines choses à considérer. Je ne suis pas un grand seigneur, madame, mais je suis un honnête médecin, un- médecin assez riche, dame Pâque,et même fort riche pour cette ville; j'ai dans mon coffre quantité de sacs bien et dûment cachetés. Je ne donnerai pas plus ma fille pour rien, que je ne Ja vendrai, entendez- vous? -
DAME PAQ.UB.
Vraiment, vous ferez bien , et votre fille mourra de votre sagesse, si elle ne meurt de vos potions. Laissez donc là ce flacon, je vous en prie, et n'em« poisoniez pas davantage cette pauvre enfant. Ne voyez - vous donc pas, depuis deux mois, que vos drogueries ne servent à rien? Votre fille est malade d'amour, voilà ce que je sais, moi, de bonne part. Elle aime ser Vespasiano, et toutes les fioles de la terre n'y changeront pas un iota.
MAITRE BERNARD
Ma fille n'est point une sotte, et ser Vespasiano est un sot. Qu'est - ce qu'un âne peut faire d'une rose?
DAME PAQ^UE.
Ce n'est pas vous qui l'épouserez. Essayez donc d'avoir le sens commun. Ne convenez-vous pas que c'est en revenant des fêtes de la reine que votre fille est tombée malade? N'en parle-t-elle pas sans cesse? N'amène-t-elle pas toujours les entretiens sur ce chapitre, sur l'habileté des cavaliers, sur les prouesses de celui-là, sur la belle tournure de celui-ci? Est-il rien de plus naturel à une jeune fille sans expérience que de sentir son cœur battre tout à coup pour la première fois, à la vue de tant d'armes resplendissantes, de tant de chevaux, de bannières, au son des clairons , au bruit des épées ? Ah ! quand j'avais son âge !..*
MAITRE BERNARD
Quand vous aviez son âge, dame Pâque, il me