SCÈNE VIII
Elle Ut.
« A mon second père, maître Bernard.
« Je vais bientôt quitter Palerme. Je remercie Dieu qu'il m'ait été permis d'approcher une dernière fois des lieux où a commencé ma vie, et où je la laisse tout entière. Il est vrai que, depuis six ans, j'avais nourri une chère espérance, et que j'ai lâché de tirer de mon humble travail ce qui pouvait me rendre digne de la promesse que vous m'aviez faite. Pardonnez - moi ! J'ai vu votre chagrin, et j'ai entendu Carmosine.. . n O ciel !
MAITRE BERNARD
Je t'en supplie, rends-moi ce papier !
Laissez-nK)!, j'irai jusqu'au bout.
ElU continue,
« Et j'ai entendu Carmosine dire que mon triste amour lui faisait horreur. Je me doutais depuis longtemps que cette application de ma pauvre intelligence à d'arides études ne porterait que des fruits stériles. Ne craignez plus qu'une seule parole, échappée de mes lèvres, tente de rappeler le passé, et de faire renaître le souvenir d'un rêve, le plus doux, le seul que j'aie fait, le seul que je ferai sur la terre. Il était trop beau pour être possible. Durant six ans, ce rêve fut ma vie, il fut aussi tout mon courage. Maintenant le malheur se montre à moi. C'était à lui que j'appartenais, il devait être mon maître ici-bas. — Je le salue, et je vais le suiv. 32
2SO CARMOSINE
vre. Ne songez plus à moi , monsieur ; vous êtes délié de votre promesse. »
Un silence.
Si vous le voulez bien, mon père, je vous demanderai une grâce.
MAITRE BERNARD
Tout ce qui te plaira, mon enfant. Que veux-tu?
Que vous me permettiez de rester seule un instant avec Minuccio, s'il y consent lui - même ; j'ai quelques mots à lui dire, et je vous le renverrai au jardin.
MAITRE BERNARD
De tout mon cœur.
A part.
Est - ce que, par hasard , elle se confierait à lui plutôt qu'à moi-même ? Dieu le veuille! car ce garçon-là ne manquerait pas de m'instruire à son tour. Allons, dame Pâque, venez çà.
Ser Vespasiano, j'ai lu devant vous la lettre que vous venez d'entendre, afin que vous sachiez que je ne fais pas mystère du dessein où je suis de ne point me marier, et pour vous montrer en même temps que les engagements pris et le mérite même ne sauraient changer ma résolution. Maintenant donc excusez-moi.