‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 144 sur 221 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

LA REINE

Pardonnez-leur au nom de votre gloire et du . nouveau succès de vos armes.

LE ROI

Non, par le ciel! car ce sont eux précisément qui me feraient perdre le fruit de ces combats, avec leurs discordes honteuses, avec leurs querelles de paysans ! Celui-là , c'est l'orgueil qui le pousse, et celui-ci^ c'est l'avarice. On se divise pour un privilège, pour une jalousie, pour une rancune; pendant que la Sicile tout entière réclame nos épées, on tire les couteaux pour un champ de blé. Est-ce pour cela que le sang français coule encore depuis les Vêpres? Quel fut alors votre cri de guerre? La liberté, n'est-ce pas, et la patrie ! Et tel est l'empire de ces deux grands mots, qu'ils ont sanctifié la vengeance. Mais de quel droit vous êtes- vous vengés, si vous déshonorez la victoire? Pourquoi avezvous renversé un roi, si vous ne savez pas être un peuple?

LA REINE

Sire, ont-ils mérité cela?

LE ROI

Ils ont mérité pis encore, ceux qui troublent le repos de l'État, ceux qui ignorent ou feignent d'ignorer que, lorsqu'une nation s'est levée dans sa haine et dans sa colère, il faut qu'elle se rasseoie, comme le lion, dans son calme et sa dignité.

LA RBiNEyà demî-votx, aux assistants.

Ne VOUS effrayez pas, bonnes gens. Vous savez combien il vous aime.

LE ROI

Nous sommes tous solidaires, nous répondons tous des hécatombes du jour de Pâques. Il faut que nous soyons amis, sous peine d^avoir commis un crime. Je ne suis pas venu chez vous pour ramasser sous un échafaud la couronne de Conradîn, mais pour léguer la mienne à une nouvelle Sicile. Je vous le répète, soyez unis; plus de dissentiments, de rivalité, chez les grands comme chez les petits ! sinon, si vous ne voulez pas, si, au lieu de vous entr'aîder, comme la loi divine l'ordonne, vous manquez au respect de vos propres lois, par la croix-Dieu î }e vous les rappellerai, et le premier de vous qui franchit la haie du voisin pour lui dérober un fétu, [e lui fais trancher la tête sur sur la borne qui sert de limite à son champ. — Jérôme, 6te-moi cette épée.

La foule se retire.

LA REINE

Permettez-moi de vous aider.

LE ROI

Vous, ma chère ! vous n'y pensez pas. Cette besogne est trop rude pour vos mains délicates.

LA REINE

Ohf Je suis forte quand vous êtes vainqueur.

Tenez, don Pèdre, votre épée est plus légère que

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