ACTE II, SCÈNE V. 27I
mon. fuseau. — Le prince de Salerae est donc votre prisonnier?
LE KOI.
Oui, et monseigneur d'Anjou payera cher pour la rançon de ce vilain boiteux. — Pourquoi ces gens-là s'en vont-ils?
Il s'assoit.
LA REINE
Mais, c'est que vous les avez grondés.
LE ROI
Oui, je suis bien barbare, bien tyran, n'est-ce pas, ma chère Constance?
LA REINE
Ils savent que non.
LE ROI
Je le crois bien : vous ne manquez pas de le leur dire, justement quand je suis fâché.
LA REINE
Aimez- vous mieux qu'ils vous haïssent? Vous n'y réussirez pas facilement. Voyez pourtant : ils se sont tous enfuis ; votre colère doit être satisfaite. Il ne reste plus dans la galerie qu'un jeune homme qui se promène, là, d'un air bien triste et bien modeste. Il jette de temps en temps vers nous un regard qui semble vouloir dire : « Si j'osais! » — Tenez, je gagerais qw'il a quelque chose de très^intéressant, de très-mystérieux à vous confier. Voyez cette contenance craintive et respectueuse en même temps; je suis sûre que celui-là n'a pas de querelles avec ses voisins... Il s'en va... faut-îl l'appeler?
LE ROI
Si cela vous plaît.
La reine fait un signe à l'officier du palais, qui va avertir Perillo; celui-ci s'approche du roi et met un genou en terre. La reine s'assoit à quelque distance.
As-tu quelque chose à me dire ?
PERILX.O.
Sire, je crains qu'on ne m'ait trompé.
LE ROI
En quoi, trompé ?
PERILLO
On m'avait dit que le roi daignait permettre au plus humble de ses sujets d'approcher de sa personne sacrée, et de lui exposer...
LE ROI
Que demandes-tu?
Une place dans votre armée.
LE ROI
Adresse-toi à mes officiers.
Perillo se lève et ^incline.
Pourquoi es-tu venu à moi?
PERILLO
Sire, la demande que j'ose faire peut décider de toute ma vie. Nous ne voyons pas la Providence, mais la puissance des rois lui ressemble, et Dieu leur parle de plus près qu'à nous.
LE ROI
Tu as bien fait, mais tu as un habit qui ne va guère avec une cuirasse.