ACTE III, SCÈNE V. JOl
malheur. Votre père fut son dernier ami, et quand vous êtes resté orphelin, vous vous souvenez, Perillo, que cette maison est devenue la vôtre. En nous voyant grandir ensemble, on disait dans le voisinage que maître Bernard avait deux enfants. S'il devait aujourd'hui n'en avoir plus qu'un seul...
PERILI.O.
Nais vous nous disiez d'espérer.
Oui, mon &ai\, mais il faut me promettre de prendre soin de lui, de ne pas l'abandonner. . . Je sais que vous avez fait une demande^ et* que vous pensez à quitter Palerme... Mais, écoutez-moi, vous pouvez encore... Il m'a semblé entendre du bruit.
PERILLC,
Ce n'est rien ; je ne vois personne.
Vous pouvez encore revenir sur votre détermination,... j'en suis convaincue, je le sais. Je ne vous parle pas de cette démarche, ni du motif qui l'a dictée; mais s'il est vrai que vous m'avez aimée, vous prendrez ma place après moi.
PERILLC.
Rien après vous !
Vous la prendrez, si voiis êtes honnête homme... Je vous lègue mon père.
PERILLC.
. Carmosine !... Vous me parlez, en vérité, comme
}0a CARMOSINE.
si vous aviez un pied dans la tombe. Cette romance "que, tout à l'heure, vous vous plaisiez à répéter, je ne m'y suis pas trompé, j'en suis sûr, c'est votre histoire, c'est pour vous qu'elle est faite, c'est votre secret : vous voulez mourir.
Prends garde î Ne parle pas si haut.
Et qu'importe que l'on m'entende si ce que je dis est la vérité ! Si vous avez dans l'âme cette affreuse idée de quitter volontairement la vie, et de nous cacher vos souffrances, jusqu'à ce qu'on vous voie tout à coup expirer au milieu de nous... Que dis-je, grand Dieu ! Quel soupçon horrible ! S'il se pouvait que, lassée de souffrir, fidèle seulement à votre affreux silence, vous eussiez conçu la pensée... Vous me recommandiez votre père... Vous ne voudriez pas tuer sa fille !
Ce n'est pas la peine, mon ami ! la mort n'a que faire d'une main si faible.
PERILLO
Mais vous souhaitez donc qu'elle vienne? Pourquoi trompez-vous votre père? Pourquoi affectezvous devant lui ce repos, cet espoir que vous n'avez pas, cette sorte de joie qui est si loin de vous?
Non, pas si loin que tu peux le croire. Lorsque Dieu nous appelle à lui, il nous envoie, n'en doute point, des messagers secrets qui nous avertissent.