‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 166 sur 221 · ACTE III, «CÈNE V. 3O · texte numérisé non relu

ACTE III, «CÈNE V. 3O

Je n'ai pas fait beaucoup de bien, mais je n'ai pas non plus fait grand mal. L'idée de paraître devant le Juge suprême ne m'a jamais inspiré de crainte ; il le, sait, je le lui ai dit; il me pardonne et m'encourage. J'espère, j'espère être heureuse. J'en ai déjà de charmants présages.

Vous l'aimez beaucoup, Carmosine ?

CARMOSINB.

De qui parles-tu ?

PERILLO

Je n'en sais rien ; mais la mort seule n'a point tant d'attraits.

Écoute. Ne fais pas de vaines conjectures, et ne cherche pas à pénétrer un secret qui ne saurait être bon à personne; tu l'apprendras quand je ne serai plus. Tu me demandes pourquoi je trompe mon père ? C'est précisément par cette raison que je ne ferais, en m 'ouvrant à lui, qu'une chose cruelle et inutile. Je ne l'aurais point non plus parlé com^me je l'ai fait, si, en le faisant, je n'eusse rempli un devoir. Je te demande de ne point trahir la confiance que j'ai en toi.

PERIL1.0

Soyez sans crainte; mais, de votre côté, promettez-moi du moins...

Il suffît. Songe, mon ami, qu'il y a des maux sans remède. Tu vas maintenant aller dans ma

chambre ; voici une clef, tu ouvriras un coflFre qui est derrière le chevet de mon lit, tu y trouveras une robe de fête... Je ne la porterai plus, celle-là, je l'ai portée^aux fêtes de la reine, lorsque pour la première fois... Il y a dessous un papier écrit, que tu prendras et que tu garderas; je te le confie... à toi seul, n'est-ce pas ?

PERILLO

Votre testament, Carmosine ?

Oh ! cela ne mérite pas d'être appelé ainsi. De quoi puis-je disposer au monde ? C'est bien peu de chose que ces adieux qu'on laisse malgré soi à la vie, et qu'on nomme dernières volontés ! Tu y trouveras ta part, Perillo.

PERILLO

Ma part! Dieu juste, quelle horreur!... Et vous pensez qu'il est possible...

Épargne-moi, épargne-moi ! Nous en reparlerons tout à l'heure, dans ma chambre, car je vais rentrer; il se fait tard, voici l'heure des vêpres.

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