‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 167 sur 221 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

douleur, ma chère douleur, j'oserais me plaindre de toi ? Toi mon seul bien, toi ma vie et ma mort, toi qu'il connaît maintenant? O bon Minuccio, digne, loyal ami ! il t'a écouté, tu lui as tout dit, il a souri, il a été touché, il m'a envoyé une bague... Elle la baise.

Tu reposeras avec moi ! Âh ! quelle joie, quel bonheur ce matin quand j'ai entendu ces mots : « Il sait tout ! » Qu'importent maintenant et mes larmes, et ma souffrance, et toutes les tortures de la mort? Il sait que je pleure, il sait que je souffre ! Oui, Perillo avait raison : — cette joie devant mon père a été cruelle ; mais pouvais-je la contenir ? Rien qu'en regardant Minuccio, le cœur me battait avec tant de force ! Il l'avait vu, lui, il lui avait parlé ! O mon amour ! ô charme inconcevable ! Délicieuse souffrance, tu es satisfaite : je meurs tranquille, et mes vœux sont comblés! — L'a-t-il compris en m'envoyant cette bague ? A-t-il senti qu'en disant que j'aimais, je disais que j'allais mourir ? Oui, il m'a comprise, il m'a devinée. Il m'a mis au doigt cet anneau qui restera seul dans ma tombe quand je ne serai plus qu'un peu de poussière... Grâces te soient rendues, ô mon Dieu ! je vais mourir, et je puis mourir!

On entend sonner à la grille du Jardin.

On sonne à la grille, je croîs ? — Holà ! Michel ! Personne, ici? Comment m'a-t-on laissée toute seule ?

106 CARM08INB.

Elle s'approche de la maison.

Ah ! ils s'ont tous là, dans la salle basse ; ils lisent quelque chose attentivement, et pî^raissent se .consulter. Minuccio semble les retenir... Perillo m'aurait-il trahie?

On sonne une seconde fois.

Ce sont deux dames voilées qui sonnent. Michel, où es-tu ? Ouvre donc. ^

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