ACTE III, SCÈNE VIII. jlp
n'en étais pas certaine. Ma triste histoire, il l'a racontée; ma romance, on la chante à table, devant ses chevaliers et ses barons. Cette bague, elle ne vient pas de lui ; Minuccio me l'avait laissé croire. A présent, il ne me reste rien ; ma douleur même ne m'appartient plus. Parlez, madame, tout ce que je puis dire, c'est que vous me voyez résignée à obéir ou à mourir.
LA REINE
Et c'est précisément ce que nous ne voulons pas, et je vais vous dire ce que nous voulons. Écoutez donc : oui , c'est le roi qui veut d'abord que vous guérissiez, et que vous reveniez à la vie; c'est lui qui trouve que ce serait grand dommage qu'une si belle créature vînt à mourir d'un si vaillant amour; — ce sont là ses propres paroles. — Appelez-vous cela du mépris? — Et c'est moi qui veux vous emmener , que vous restiez près de moi , que vous ayez une place parmi mes filles d'honneur, qui, elles aussi, sont mes bonnes amies ; c'est moi qui veux que, loin d'oublier don Pèdre, vous puissiez le voir tous les jours ; qu'au lieu de combattre un penchant dont vous n'avez pas à vous défendre, vous cédiez à cette franche impulsion de votre âme vers ce qui est beau, noble et généreux, car on devient meilleur avec un tel amour; c'est moi , Carmosine, qui veux vous apprendre que l'on peut aimer sans souffrir, lorsque l'on aime sans rougir; qu'il n'y a que la honte ou le remords qui doivent donner de la
)20 CARMOSINB.
tristesse , car elle est faite pour le coupable, et, à coup sûr, votre pensée ne l'est pas.
Bonté du ciel !
LA REINE
C'est encore moi qui veux qu'un époux digne de VOUS, qu'un homme loyal , honnête et brave, vous donne la main pour entrer chez moi ; qu'il sache comme moi, comme tout le monde, le secret de votre souffrance passée; qu'il vous croie fidèle sur ma parole, que je vous croie heureuse sur la sienne, et que votre cœur puisse guérir ainsi , par l'amitié de votre reine, et par l'estime de votre époux... Prêtez l'oreille, n'est-ce pas le bruit du clairon ?
C'est le roi qui sort du palais.
LA REINE
Vous savez cela, jeune fille?
Oui, madame ; nous demeurons si près ! nous sommes habitués à entendre ce bruit.
LA REINE
C'est le roi qui vient, en effet, et il vient ici.
Est-ce possible?
LA REINE
Il vient nous chercher toutes deux. Entendezvous aussi ces cloches?