ACTE III, SCÈNE VIII. JIJ
CARMOSINE, d'une voix fttîble.
C'est lui qui veut que je reprenne courage?
LA REINE
Oui ; je vous répète ses propres paroles.
GARMOSINE.
Ses propres paroles? Et que je guérisse?
LA REINE
Il le désire.
GARMOSINE.
11 le désire? Et que je sois heureuse, n'est-ce pas?
LA REINE
Oui, si nous y pouvons quelque chose.
GARMOSINE.
Et que j'épouse Perillo? Vous me le proposiez tout à l'heure;... car je comprends tout à présent... votre jeune amie, c'était moi,
LA REINE
Oui, c'était vous , c'est à ce titre que je vous ai envoyé cette bague. Minuccio ne vous l'a-t-il pas dit?
GARMOSINE.
C'était vous?... Je vous remercie... et je suis prête à obéir.
£lle tombe sur le banc.
LA REINE
Qu'avez-vous, mon enfant? Grand Dieu! quelle pâleur ! Vous ne me répondez pas ? Je vais appeler.
3l8 CÀRM08INE.
Non, je vous en prie ! ce n'est rien ; pardonnezmoi.
LA REINE
Je vous ai affligée? Vous me feriez croire que j'ai eu tort de venir ici, et de vous parler comme /e l'ai fait.
CARMOSINE, se levant.
Tort de venir ! Ai-je dit cela, lorsque j'en suis encore à comprendre que la bonté humaine puisse inspirer une générosité pareille à la vôtre ! Tort de venir, vous, ma souveraine ! quand je devrais vous parler à genoux! lorsqu'on vous voyant devant moi, je me demande si ce n'est point un rêve ! Ah! madame, je serais plus qu'ingrate en manquant de reconnaissance. Que puis-je faire pour vous remercier dignement? Je n'ai que la ressource d'obéir. Il veut que je l'oublie, n'est-ce pas?... Dites-lui que je l'oublierai.
LA REINE
Vous m'avez donc bien mal comprise, ou je me suis bien mal exprimée. Je suis votre reine, il est vrai, mais si je ne voulais qu'être obéie, enfant que vous êtes, je ne serais pas venue. Voulez-vous m'écouter une dernière fois?
Oui , madame. Je vois maintenant que ce secret qui était ma souffrance, et qui était aussi mon seul bien, tout le monde le connaît. Le roi me méprise, et je pensais bien qu'il en devait être ainsi , mais je