SCÈNE VIII
MADAME DE KÉrV.
Vous n'y avez pas mis assez de sucre. Mettezm'en un ou deux morceaux.
CHAVIGNY
Comme vous voudrez ; il ne vaudra rien.
MADAME DE téfLY.
Bien ; maintenant, encore un peu de lait !
CHAVIGNY
Étes-vous satisfaite?
MADAME DE L^RY
Une goutte d'eau chaude à présent! Est-ce fait? Donnez-moi la tasse.
CHAVIGNY, lui présentant la tasse.
La voilà; mais il ne vaudra rien.
MADAME DE LÉRY
Vous croyez? En êtes-vous sûr?
- CHAVIGNY
Il n'y a pas le moindre doute.
MADAME D& LÉRY
Et pourquoi ne vaudrait-il rien ?
CHAVIGNY
Parce qu'il est froid et trop sucré.
Eh bien! s'il ne vaut rien, ce thé, jetez-le. Chavigny est debout, tenant la tasse ; madame de Lêry
le regarde en riant.
Ah ! mon Dieu ! que vous m'amusez ! Je n'ai jamais rien vu de si maussade.
CHAVIGNT, impatienté, vide la tasse dans le feu, puis il se promène à grands pas, et dit avec humeur : Ma foi, c'est vrai, je ne suis qu'un sot.
MADAME DE LÉRY
Je ne vous avais jamais vu jaloux, mais vous l'êtes comme un Othello.
CHAVICNT.
Pas le moins du monde ; je ne peux pas souffrir qu'on se gêne, ni qu'on gêne les autres en rien. Comment voulez-vous que je sois jaloux?
MADAME DE LÉRY
Par amouNpropre, comme tous les maris.
CAAVICNT.
Bah ! propos de femme ! On dit : « Jaloux par amour-propre, » parce que c'est une phrase toute faite, comme oa dit : « Votre très-humble serviteur. » Le monde est bien sévère pour ces pauvres maris.
MADAME DE L^RT
Pas tant que pour ces pauvres femmes.
CHAVICNT.
Oh, mon Dieu ! si. Tout est relatif. Peut-on permettre aux femmes de vivre sur le même pied que nous? C'est d'une absurdité qui saute aux yeux. II y a mille choses très-graves pour elles, qui n'ont aucune importance pour un homme.
MADAME DE LÉRT.
Oui, les caprices, par exemple.
CHAVICNT.
Pourquoi pas? Eh bien! oui, les caprices. Il est