‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 208 sur 221 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

Vous avez tort, morbleu ! vous avez tort. •

BETTINE

C'était donc là ce qui vous faisait dire, en entrant, qu'il y avait un danger pour moi ?

Précisément.

BETTINE

Expliquez-vous donc.

C'est que cela est fort délicat, et puis j'augmenterais vos inquiétudes.

BETTINE

Le vrai moyen de les augmenter, c'est de ne parler qu'à demi.

Vous avez raison, et j'ai tort. N'en parlons plus ; prenez que je n'ai rien dit.

// se lève.

Non pas, car je comprends vos craintes... Vous connaissez la princesse?

Eh ! oui, eh ! oui, je la connais.

BETTINE

La croyez-vous capable d'une mauvaise action ?

Eh ! je n'en sais rien.

BETTINE

Mais je dis,... d'une perfidie,... d'une noirceur...

388 ÊBTTINB.

Eh ! quî en répondrait?

b'ettIne.

Stéfani, vous m'épouvantez. Écoutez-moi : vous m'avez vue ce matin presque jalouse de cette femme.

Vous l'étiez bien un peu tout à fait.

BETTINE

Oui, par instants ; mais vous savez ce que c'est, mon ami : — on croît douter des gens qu'on aime, on les accable de reproches, oh les appelle parjures, infidèles;... au fond de l'âme on n'en croit pas un mot, et pendant que la bouche accuse, le cœur absout. N'est-ce pa^ vrai?

Sans doute. Eh'bien? ma chère Bettîne...

BETTINE

Eh bien ! marquis, sincèrement, je n'ai jamais pensé, je n'ai jamais cru possible qu'il aimât cette femme. Cette horrible idée me vient maintenant. Vous l'avez vu chez elle, — qu'en pensez-vous ?

Bon Dieu ! ma belle, que demandez-vous là? On ne voit pas les cœurs, comme dit Molière. Franchement, d'ailleurs, je n'en crois rien.

BETTINE

Que voulait dire alors ce danger dont vous me parliez?

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