‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 211 sur 221 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

CALABRB.

Ah! monsieur, c'est horrible à dire!... II csi parti avec la princesse.

Parti ! — La voici qui rouvre les yeux. II faut lui ôter cette lettre...

// va pour prendre la hlire que Bettine tient à la main.

Non, non !... oh ! ne m'ôtez pas cela... Où suis-Je donc? J'ai fait un rêve. C'est vous, marquis? Je vous demande pardon.

Restez en repos; 'ne vous levez pas.

BETTINE

Ah I malheureuse ! je me souviens. II est parti ; n'est-ce pas, Calabre? Savez- vous cela, Stéfani? — Il est parti avec cette femme ! Tenez, lisez cette lettre, lisez-la tout haut.

le sais tout, ma chère.

BETTINE

. Ah ! vraiment? Cette nouvelle est-elle déjà connue? Suis-je déjà la fable de la ville? Sans doute il y a du plaisant dans cette aventure, elle fournira matière à la gaieté publique; mais comment oseraient-ils rire de moi, avant de savoir ce que je vais faire? Tout n'est pas fini, et apparemment j'ai aussi le droit de dire mon mot dans cette comédie.

.jça . BBTTIÎIE.

personne ne se rira de vous. Il n'y aden demoins plaisant que de voler l'argent du prochain.

BETTINE, s'animant par degrés.

Vojer ! qui parle d'une chose pareille? Cette somme dont j'ai disposé, je l'ai donnée volontairement, j'ai, supplié, qu'on l'acceptât. J'ai été obligée d'employer la ruse pour vaincre un refus obstiné. Il est vrai que mon stratagème n'a pas tourné à mon avantage; maïs qui peut dire que Je m'en repente? Si c'est de cela que vous me plaignez, vous me supposez un singulier chagrin.

Elle se lève. ,

Je ne sais pas quelle est la somme, mais il paraît que ce n'est pas peu de chose.

BETTINE

Eh! que m'importe? Quelle étrange idée vous faites-vous donc des personnes mêmes que vous prétendez estimer, si vous ne voyez ici qu'une affaire d'intérêt? Ah! que Steinberg fût revenu à moi, est-ce que le reste comptait pour quelque chose? Mais c'est ainsi que juge le monde. — Un amour trompé, qu'est-ce que cela? Une 'femme qu'on abandonne, un serment qu'on trahit, un lien sacré qu'oq brise, ce ne sont que des bagatelles! cela se voit tous les jours , cela se raconte, cela égaie la bonne compagnie ! mais qu'il s'agisse de quelques écua de moinS) de quelques misérables poignées de jetons qu'on aura perdus par hasard^

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ohj alors chadun Vous plaindra, et votre souffrance pécuniaire sera l'objet d'une pitié sordide, à faire monter la rougeur au front.

Votre chagrin est cause, Bettine, que vous adressez mal vos reproches.

BETTINE

Oui, mon ami, vous avez raison. Je sais qui vous êtes, je vous offense ; mais ce que j'éprouve est si affreux, qu'il faut me pardonner ce que je puis dire, car je n'en sais rien, je suis au fond d'un afolme. Tenez , Stéfani , lisez-moi cela. Lisez tout haut, je vous en prie.

LE MARQ.UIS, lisant.

« Ma chère Bettine, tt Bien que vous ayez agi sans mon consentement, je suis obligé de vous remercier de ce que vous venez de faire pour moi... »

Obligé de me reniercier!

LE MARQ,UIS, conlinuanh • ■

« Mais vous comprenez que mon premier soin doit être de chercher les moyens de vous rendre la somme que vous avez bien voulu m'avancer. . . »

BETTINE

On n'écrirait pas mieux à un homme d'affaires.

'le iinA.RfiviSy de'mème.

(f Le projet que nous avions formé ne pouvant plus se réaliser, les convenances mêmes semblent v. $o

394 BETriNE.

s'opposer à ce que je demeure plus longtemps près de vous... »

BETTINE

Que dites-vous de cela, marquis?

LE M A R Q^o I S , de mime.

« Je vais donc quitter ce pays. Une personne de nos amies... n

BETTINE

Quelle audace !

LE MARQUIS, de mime.

(( ... De nos amies part maintenant pour Rome, et m'offre de l'accompagner. Je sais, du reste, que je ne vous laisse pas seule... »

BETTINE

Continuez, continuez.

LE MARQUIS, de mime.

u Et que je puisse revenir ou non, vous pouvez compter, chère Bettine, que vous recevrez bientôt de mes nouvelles.

« Steinberc.

BETTINE

Steinberg! Que le monde prononce ton nom quand il voudra parler d^un ingrat !

Il est certain que tout cela n'est pas beau. En vérité, cela demanderait vengeance.

BETTINE

Vengeance, ah! oui, n'en doutez pas! Mais quelle vengeance puis-je trouver? Vous parlez en homme, Stéfani, et vous ressentez en homme un affront.

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