‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 221 sur 221 · ET VARIANTES. 4IÎ · texte numérisé non relu

ET VARIANTES. 4IÎ

médecins et médecines, mais inutilement, car elle avait résolu, désespérée d'amour comme elle l'était, de cesser de vivre. Cependant son père lui accordait satisfaction en toutes ses fantaisies de malade ; elle le pria de lui amener un certain Minuccio d'Arrezzo, bon chanteur et joueur d'instruments, lequel était reçu souvent par le roi Pierre. Maître Bernard y consentit volontiers, et quand Lise eut écouté ses chansons, elle voulut entretenir Minuccio seul à seule. Alors elle lui raconta comment elle avait conçu pour le Roi son seigneur, un fol amour dont elle n'espérait rien, et dont elle voulait bien résolument mourir ; mais non sans que le roi en fût instruit. Et elle pria Minuccio de faire à son seigneur cette révélation, disant qu'après cela elle mourrait consolée, ce que Minuccio lui promit pat serment de faire incontinent. Et, en effet, quand il eut quitté la jeune fille, Minuccio alla trouver un poète nommé Micou de Sienne duquel il obtint une chanson d'amour qu'il mit en musique...

« Quand le roi Pierre eut ouï cette chanson, il demanda pour qui elle était faite, k quoi Minuccio répondit quMl ne le pouvait dire qu'au Roi lui-même et en secret. Pierre d'Aragon emmena le musicien dans sa charabre, et 1.^, Minuccio lui fit confidence et aveu de U passion de Lise, dont le Roi se montra grandement touché, disant qu'une si honnête fille méritait bien qu'on eût compassion d'elle, et il donna l'ordre è Minuccio de l'aller consoler de sa part, et lui annoncer qu'il irait la voir le jour même, après les vêpres...

« L'heure étant venue, le Roi monta à cheval et se rendit à la maison de l'apothicaire. Il se fit ouvrir le jardin et demanda au père où était sa fille, à quoi maître Bernard répondit qu'elle était au lit et malade ; et comme le Roi dit qu'il la voulait voir, on le conduisit à la chambre de Lise, accompagné de deux personnes de sa maison ; et il s'approcha du lit, et prenant la jeune fillç par la main, il lui dit : « Qu'est-ce donc, la belle fille? Vous qui êtes jeune et qui devriez réjouir et conforter les autres, vous vous laissez avoir mal I Nous vous prions qu'il vous plaise

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