‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 45 sur 221 · I06 I.0UI80N · texte numérisé non relu

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BERTHAUD

Je n'en sais rien non plus ; moi, i'ai fait comme vous. Oh ! je ne garde plus les vaches ! — Au contraire, C'est Jean qui les conduit, et Suzon les va traire. Oh ! ce n'est plus du tout comme de votre temps. C'est la grande Nanonqui fait de l'herbe aux champs : Pierrot est sacristain, et Thomas fait la guerre ; Catherine est nourrice, et Nicole...

LISETTE

Et mon père ?

Votre père, pafdine ! i) ne lui manque rien.

On est sûr, celui-là, qu'il mange et qu'il dort bien.

Ceux qui vivent chez lui n'ont pas la clavelée.

LISETTE

Mais, toi, par quel hasard as-tu pris ta volée?

BERTHAUD

Voyez-vous ! quand j'ai vu que vous étiez ici.

Et que votre départ vous avait réussi,

Je me suis dit : « Paris, ça n'est pas dans la lune. »

J'avais comme un instinct de faire ma fortune.

Et puis je m'ennuyais avec mes animaux ;

Et puis je vous aimais, pour tout dire en trois mots.

LISETTE

Toi, Lucas ?

BERTHAUD

Moi, Lucas. En êtes-vou» fâchée ?

Un chien regarde bien.,.

ACTB ly SCÈNE IV. lO/

LISETTE

Non, non, j'en suis touchée.

Tu te nommes Berthaud ? d'où te vient ce nom-là ?

BERTHAtJD.

C'est mon nom de famille; à Paris, il faut ça. Quand on va dans le monde...

LISETTE

Et tu vis bien, j'espère ?

BERTHAVD.

Vingt-six livres par mois, et presque rien à faire. Quand on a de l'esprit, l'emploi ne manque pas.

LISETTE

Sans doute ; et ton chemin s'est donc fait à grands pas ?

BERTHAUD

Je crois bien, je suis clerc.

LISETTE

Âh ! ah ! chez un notaire ?

BBRTHAVO.

Non.

LISETTE

Chez un procureur ?

BERTHAUD

Chez un apothicaire.

LISETTE

Peste ! voilà de quoi mettre en jeu des talents.

Eh bien ! monsieur Berthaud, que voulez-vous céans?

Ah ! dame ! en arrivant, j'avais bien une idée ; J'ai Fimaginative un tant soit peu bridée :

Je ne m'attendais pas à tous vos afSquets.

Jarni ! vos jupons court» étaient bien plus coquets ; Vous étiez bien plus leste et bien plus féminine. On ne vous voit plus rien, qu'un peu dans la poitrine. Pourtant , malgré vos nœuds et vos mignons souliers, Je vous épouserais encor, si vous vouliez.

LISETTE

Toi?

BERTHAUD

Mon père est fermier, pas si gros que le vôtre ; Mais enfin, dans ce monde, on vit l'un portant Fautre.

LISETTE

Tu crois donc que ma main sçrait digne de toi ?

BERTHAUD

Dame ! si vous vouliez, il ne tiendrait qu'à moi. Écoutez, puisqu'enfin la parole est lâchée.

Et puisqu'à votre avis vous n'êtes point fâchée. Vous êtes bien gentille, on le sait, on voit clair; Mais, moi, je ne suis pas si laid que j'en ai l'air. Si la grosse Margot n'était point tant fautive, J'en aurais vu le tour, oui, sans crier qui vive. Et dans la rue aux Ours, où je loge à présent, On ne remarque pas que je sois déplaisant.

Je sais signer moi-même, et je lis dans les livres. Je viens de vous conter que j'avais vingt-six livres, Mais il est des secrets qu'on peut vous confier : Mon maître, au jour de l'an, va me gratifier. C'est déjà quelque chose. A présent, autre idée : Ma tante Labalue est presque décédée.

Elle a dans ses tiroirs, qu'il soit dit entre nous. Pour plus de cent écus en joyaux et bijoux.

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