LA MARÉCHALE, LA DUCHESSE
LA MARECHALE.
Quoi ! VOUS prenez au grave un propos si léger? Faites'vous un chagrin d'un ennui passager?
LA DUCHESSE
Madame, il a raison. — J'ai tort, je suis coupable... Je devrais obéir,... et j'en suis incapable.
Tout ce qu'il dit est vrai ; la faute en est à moi. Je le blesse, le fâche, et je ne sais pourquoi.
LA MARÉCHALE
Vous sentez, dites-vous, qu'il faut qu'on obéisse, Et vous ne savez pas d'où vous vient un caprice ?
LA DUCHESSE
Non ; lorsque mon cœur parle, il raisonne bien mal. Je ne sais quel effroi, quel sentiment fatal, Né de ce triste cœur ou dans ma pauvre tête.
Près de lui par moments me saisit et m'arrête. Je voudrais lui complaire et sortir avec lui, Songer à ma parure, oublier mon ennui.
Puisqu'il le veut, enfin essayer d'être belle. Et tout cela me cause une frayeur mortelle.
Je sens trembler ma main quand je lui prends le bras. Quelqu'un est entre nous, que je ne connais pas.
Ma belle, y songez-vous? quelle est votre pensée? Parlez-vous, à votre âge, en femme délaissée?