LE PORTRAIT
Qu'un autre amant soit épris Des charmes d'une déesse :
A ma bergère , à Doris , Je dois le trait qui me blesse.
J'ai chanté cent fois l'Amour :
Lui seul eut tous mes hommages :
Ce dieu me donne, à son tour, Le plus beau de ses ouvrages.
Quand ses traits frappent mes yeux.
Les rangs ne me touchent guères ; Doris connoit peu d'aïeux ; Mais mille Amours sont ses frères.
Son cœur, tout au sentiment, Ne veut esprit ni système :
Aussi tel est son amant; Ce n'est pas Newton qu'elle aime.
Baiser, regard, et soupir,
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Voilà tout notre langage :
Mon étude est son plaisir; Mon plaisir est son ouvrage.
Elle a cet aimant vainqueur Qui retient ce qu'il attire :
Sa voix est le son du cœur, Qui d'un seul mot sait tout dire.
Son teint n'est que sa couleur :
Digne d'enchanter Zéphyre, Son visage est une fleur .
Qu'épanouit le sourire.
C'est un bouquet de lila Qui fait toute sa parure; Et l'art qui mit ce don là Outrage encor la nature.
Deux âmes semblent presser Son sein qui croit et s'élève :
La pudeur le fait baisser, Et le désir le soulève.
Dans ses beaux yeux tour-à tour Paroît. même avec décence,
DIVERSES. 4oi
La langueur qui suit l'amour, Ou l'ardeur qui le devance.
Doris joint à tant d'appas Cette taille d'immortelle Qui semble inviter mes bras A s'arrondir autour d'elle.
Enfin, pour mettre en son jour Le portrait de ma bergère, Elle a l'âge de l'Amour Et la beauté de sa mère.