‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 3 sur 116 · A MADAME LA COMTESSE DE GONTAUT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE GONTAUT

De la beauté rare et divin modèle, Qui de la cour enchantes les regards; Toi qu'à Paphos on nomme la plus belle, Toi qu'on écoute au temple des beaux arts; Tu veux aussi, compagne de la gloire, Suivre de 1 œil le char de nos guerriers, Et de tes mains couronner la Victoire.

Puisse le sang qui teindra ces lauriers Ne pas coûter de pleurs à ta mémoire ! Mais n'attends pas qu'ici, la trompette à la main. J'entonne avec éclat des concerts héroïques, Ni qu'émule d'Homère et du chantre romain J'aspire au fol honneur des triomphes épiques. Quand le Nil, admiré de l'Egypte et des mers, Par son superbe cours étonne l'univers , L'humble ruisseau qui serpente Se joue au pied des coteaux ■

io8 LES CAMPAGNES

Content des objets nouveaux Que sa course lui présente, Il coule au gré de la pente De ses fugitives eaux.

Du retour éternel des rimes compassées Quand l'auguste Epopée appesantit ses airs, Rompons les mesures glacées, Parcourons des modes divers.

J abandonne au hasard ces rimes dispersées Par chutes cadencées, Et donne l'essor à mes vers Aussi libres que mes pensées.

Tels , au signal des dangers

Où Bellone les entraîne ,

On voit errer dans la plaine

Ses avant-coureurs légers :

Troupe inégale et rapide

Qui fait un jeu des combats,

Et précipite ses pas

Où le caprice la guide ; Tandis qu à pas comptés mesurant les sillons, Marchent d un front égal les nombreux bataillons.

Au pied de ces monts redoutables Où fleurit la nature au milieu des hiver».

Vers ces climats riants, près des rives aimables

Où tous ses trésors sont offerts,

J'ai vu les enfants de la guerre, Semblables aux torrents qui fondoient avec eux, A travers les glaçons apporter le tonnerre Qu'allumoient dans leurs mains les aquilons fougueux. Rien n'a pu retarder l'ardeur qui les anime : De ces monts l'un sur l'autre élancés dans les airs Le sommet est aux deux, l'abyme est aux enfers; Nos drapeaux ont franchi le sommet et l'abyme, Et les champs d'Italie à nos pas sont ouverts.

De la cour de Louis l'éclatante jeunesse Part du sein des plaisirs qu'elle aime et qu elle a fui; Voyageurs sans regrets, et guerriers sans foiblesse, Elevés comme Achille, ils passent, comme lui, Des lieux où dans les fleurs les berçoit la mollesse, Aux périls où l'honneur les appelle aujourd'hui. Le monarque des monts, l'héritier d'Amédée, Voit naître un camp superbe où s'élève l'appui

Dont sa valeur est secondée.

Quand Mars tonne aux rives du Rhin , La ligue des vengeurs foudroie en Italie

L'aigle impérieux du Germain Que Villars confondra, que Berwick humilie.

Villars , couvert de tout l'éclat

i io LES CAMPAGNES

Dont brilla jadis sa carrière, Voit encor les dangers, et franchit la barrière. Eugène est au conseil, Villars est au combat. Sous d éternels lauriers blanchit sa tête altière;

Et, des temps même respecté, Le Nestor des héros, dans sa course guerrière, Met au rang des vaincus 1 âge qu'il a dompté.

Au réveil soudain de la France, L'Ibère ouvre les yeux, le fer brille à Madrid. Le Pô, libre à l'instant d'un tribut qui loffense, Voit le' triple serment que la vengeance écrit

Sur les drapeaux de l'alliance; Et l'aigle sur sa proie où le vainqueur s'élance Jette un dernier regard dont l'Europe sourit.

Déjà sur ses rives sanglantes,

On voit ses sujets dépouillés Echapper en tremblant aux débris f oudroves

De vingt citadelles brûlantes.

Pizzighitone en feu nous laisse encor des traits

Dont Milan frappé doit se rendre;

Tortone et ses rochers en cendre Sont l'augure éclatant des rapides progrès

Que Naples a frémi d'entendre, Et dont tremble Mantoue au fond de ses marais. Milan, fière citadelle, En vain l'art et ses secour>

D'ITALIE. m

Gardent tes antiques tours

Par une enceinte nouvelle ;

En vain le dieu des frimas

Couvre tes feux sous la glace

Qui fait chanceler nos pas,

Pour faire tomber l'audace

Dans les pièges du trépas.

Dans le dédale obscur de tes profondes mines, Des enfants de la terre, artisans de ruines, Descendent à pas lents sous tes glacis couverts, Et tournent contre toi ces flammes intestines Qui dévorent les murs de tes flancs découverts.

Jusqu'au séjour des étoiles

Montent ces globes roulants

Dont les traits étincelants

De la nuit percent les voiles :

Là , d'autres feux rassemblés

Basent les murs écroulés;

Et leurs salves froudoyantes,

Sur les courtines fumantes

Portent leurs coups redoublés.

En vain des défenseurs l'alarme vigilante Ranime dans les tours la fatigue mourante, La langueur se refuse aux travaux ralentis ; Les bras sont énervés, les feux sont amortis, Le rempart est désert, la brèche sans défense:

lia LES CAMPAGNES

Sur des affûts brisés est assis le silence ; Tout tremble ; et le vaincu , prêt à subir la loi , Arbore, en pâlissant, le drapeau de 1 effroi.

Pour contraster ces images terribles, Vois les tableaux qui charment nos regards ; Dans les palais voisins de ces remparts, Ce sont des jeux et des banquets paisibles : Tous les plaisirs occupent tous les arts; Et les amants et les beautés sensibles Dansent au bruit des tonnerres de Mars. Là sont nos jeunes infidèles Occupés de guerre et d'amour, Cuirassés, masqués, tour-à-tour Passant de la sape aux ruelles.

On les voit par-tout aguerris Tenter des conquêtes nouvelles, Et des rois venger les querelles , Et s'en faire avec les maris.

On les voit au milieu des Ris Chanter de tendres bagatelles; En tous lieux, à toute heure épris.

Jurer des amours éternelles Aux favorites de Cypris; De Milan caresser les belles , Écrire aux belles de Paris.

DTTALIE. u3

Voilà ce que la guerre austère Permet au beau métier de Mars :

Ces guerriers plaisent à Villars, Ces amants plaisent à Cythère.

Malgré tous ces galants exploits, L'hiver n'arrête point nos armes offensives; Et, du lac de Riva jusqu'au mont des Génois, Le Milanais conquis voit ses plaines captives. INovare est à Coigny, Tortone à Maiîlebois; Naple a rompu ses fers; tout succède à l'Ibère. Dans les champs de Bari signalant ses travaux, Montemart affermit de son bras tutélaire Le trône de Carlos.

Tu vas renaître, influence féconde, Saison d'amour, printemps délicieux:

Le ciel a mis ton trône en ces beaux lieux, Et t'a fait roi de ce jardin du monde. Tu vas briller par tes bienfaits nouveaux; Mais le cyclope, artisan de la guerre, Trempe à Lemnos la redoutable faux Dont le tranchant va dépouiller la terre. Hommes cruels, si le ciel en courroux Veut des combats, ah ! portez le ravage Aux régions du Sarmate sauvage,

n4 LES CAMPAGNES

Aux champs du nord, lieux plus dignes de vous! Laissez la belle Ausonie, Par le printemps rajeunie, Rassembler à nos regards Tous les dieux de l'harmonie , La Paix, l'Amour, et les Arts.

Voici leur chère contrée :

Respectez, audacieux, La demeure consacrée Par l'héritage d'Astrée Et le commerce des dieux.

Golorne et ses Hespérides Sous des berceaux fortunés Tenoient encore enchaînés Nos Paris et nos Alcides, D'un si long calme étonnés.

Tout-à-coup on rappelle aux armes...

Mantoue a retenti du signal des alarmes. Resserrés dans ses flancs, ses enfants plus nombreux De leur étroite enceinte ont forcé le passage: Le volcan nous menace, et son déluge affreux Porte avec le tonnerre, au plus prochain rivage, Le torrent débordé de ses rapides feux. L'Éridan, jaloux de la Seine, Oubliant qu'il nous fut soumis,

D'ITALIE. n5

A juré de servir la haine De ses antiques ennemis.

Il protège, il seconde une attaque soudaine. Lui-même, sur sa rive assis dans ses roseaux, 11 aplanit ses bords, il soulève la chaîne De cent barques d'airain qui flottent sur ses eaux. De nos postes divers, qu'affoiblit leur distance, Et l'audace et la nuit trompent la vigilance. Ligneville a passé : le rivage est surpris : Colorne est attaqué, pris, ravagé, repris. Ces beaux lieux, ces jardins n'offrent plus que l'image De deux combats sanglauts et deux champs de carnage. Mais Lignevilie expire, et Colorne est vengé. Mercy paroit alors : tout projet est changé. Goigny prend de Villars le sceptre des batailles, Et Parme enfin nous voit au pied de ses murailles. On a fait choix d'un poste redouté :

Broglie et Coigny, rivaux d'intelligence, Triplent les rangs sur un front limité Dont une digue assure la défense.

La gauche à Parme y brave tout effort : La droite offrant de plus foibles barrières, L'art aussitôt, d'un enclos de chaumières, Fait un rempart, théâtre de la mort.

Déjà les deux partis savançoient en silence : D'armes et d'étendards les champs étoient couverts;

n6 LES CAMPAGNES

Et lange des combats , du haut des cieux ouverts , Apportait en ses mains leternelle balance Où sont pesés des rois les intérêts divers.

Le cri de Bellone

Nous a rassemblés :

Le signal se donne ;

Les airs sont troublés

Des coups redoublés

Du bronze qui tonne :

Par un feu roulant

Le combat s'engage,

Et l'acier brûlant

Vomit le carnage.

Les rangs sont ouverts;

Les cieux sont couverts

D'un affreux nuage ;

Par-tout le courage

Tente un même effort,

Et trouve au passage

L'obstacle et la mort.

Par-tout le ravage ,

L'aveugle fureur,

La pâle terreur,

La plainte et la rage

Présentent l'horreur

De l'heure dernière,

D'ITALIE. il

Quand tous les fléaux Rendront au chaos La nature entière.

Coigny dans ce danger précipite ses pas, Et, bravant mille morts qui volent sur sa tête, D'un front calme et serein oppose à la tempête La majesté du dieu qui préside aux combats.

Mercy , malgré son audace ,

Sombre, inquiet, agité,

Commande, exhorte, menace.

Vole et fond de tout côté.

Une ligne impénétrable

Forme un rempart redoutable

Qui s'oppose à son courroux;

Il voit la digue fatale ,

Et dévore l'intervalle

Qui le sépare de nous.

Trois fois sur cette barrière

Ses bataillons élancés

Retombent dans la poussière

Sur d'autres corps renversés.

Ainsi les vents se divisent

Dans les rochers qui les brisent.

Et tombent au pied d'Athos :

Ainsi la mer courroucée ,

Des Gyclades repoussée,

u8 LES CAMPAGNES

Roule les flots sur les flots.

« Combattons, dit Mercy, l'obstacle nous honore. Hàtons-nous. Si ce jour est contraire à mes vœux,

Demain nous combattrons encore.

Demain, si mon sort est douteux, D'un troisième soleil, sans doute plus heureux,

Je veux ensanglanter l'aurore. »

Mercy tint ce discours féroce et valeureux : Le ciel n'écouta point sa promesse barbare.

Un nouveau combat se prépare.

Mercy paroît, monté sur un coursier fougueux : Il apporte la mort, et son heure est venue; Il demande le sang, et son sang va couler. Un trait vengeur, parti d'une main inconnue, Immole ce guerrier qui veut tout immoler. Le coursier, affranchi de sa rêne flottante,

L'œil en sang, la bouche écumante, Craint de fouler aux pieds son maître gémissant; ïl hennit, se redresse, et, frappé d'épouvante. Recule en bondissant.

On dit qu'aux yeux de Parme un prodige visible Annonça ce moment terrible.

Les apôtres de Rome, en ce jour exaltés,

Rece voient l'encens de leurs fêtes; L'œil du peuple les voit dans les airs transportés.

Pierre tient cette clé qui commande aux tempêtes ,

Il l'étend sur nos têtes, Et répand de son trône un jour pur et serein. Paul, entouré de feux, tient le glaive céleste,

Ce symbole funeste, Qui foule avec la foudre et frappe le Germain.

Wirtemberg qui commande a trop vu sa défaite. Tout périt, si le jour éclaire sa retraite. Il soutient le combat, recule, et n'attend plus Que la nuit et la fuite, asiles des vaincus.

Toi que le ciel doua dune ame tendre,

Beauté sensible, amante de la paix,

Espères-tu que j'ose ici te rendre

De ce grand jour les funèbres objets?

Moi! que j'expose, en peintre de batailles,

Ces lieux d'horreurs, ces champs de funérailles,

Ces flots de sang qui font pâlir le jour,

A ces beaux yeux, pleins de vie et d'amour,

Qui n'ont connu que Cythère et Versailles !

Emmanuel accourt au bruit de ce danger, Et, jaloux d'un succès qu'il n'a pu partager, Il voit l'heureux Coigny que la gloire couronne, Accuse le vainqueur, l'embrasse, et lui pardonne.

i2o LES CAMPAGNES

L'Aquilon s'étoit envolé;

Le rapide enfant de Forage,

Le torrent, s'étoit écoulé

Sans approfondir son rivage;

Son cours ne sera signalé

Que par l'effrayant assemblage

Des débris qu'a formés sa rage

Sur le champ qu'il a désolé.

Du haut de l'Apennin trois naïades fécondes A travers les rochers précipitent leurs ondes; On les voit dans la plaine enfanter des ruisseaux, Du Modénois fertile abreuver les canaux , Et du fier Éridan tributaires amantes, Diriger vers son lit leurs courses diligentes. Wirtemberg a laissé ces bornes entre nous : Le fleuve des Lombards est sorti d'esclavage; Pour son prince ennemi Modène est en otage;

Guastal est tombé sous nos coups.

L'empire répare ses pertes :

Aux sources de l'Adige un secours a paru; De nouveaux combattants ses rives sont couvertes.

Et Konigseck est accouru.

Par son active vigilance,

De nouveaux camps se sont formés;

Il rend à ces corps ranimés

L'ordre, l'audace, et l'espérance :

On diroit que, pour sa défense,

Les dieux même se sont armés.

Au signe embrasé des tempêtes

Le soleil étoit arrivé;

Pour vomir les feux sur nos têtes

Le lion s'étoit élevé.

L'astre, du haut de sa carrière,

Darde ses flèches de lumière

Sur nos faisceaux étincelants;

Et sous les tentes enflammées

La langueur étend les armées

Qu'enchaînent ces calmes brûlants.

La Secchia, plaintive et languissante, Voit de son front les roseaux desséchés, Y oit de son lit l'arène blanchissante; Son cours n'est plus, et ses bords rapprochés Sont des deux camps la barrière impuissante. L'ennemi touche au favorable instant De réparer, de venger ses défaites.

Trompé, la nuit, par des marches secrètes, Broglie est surpris; mais Broglie, en combattant, Obtient l'honneur des savantes retraites, Plus utile à nos droits qu'un triomphe éclatant. Guastal, lieu renommé de carnage et de gloire, Nom qu'en lettres de sang éternise l'histoire, Tu nous vis rassemblés au pied de tes remparts'

L'ordonnateur des camps, le confident de Mars, Dans un vaste croissant dont la ligue est formée, Limite la carrière et le champ des hasards. Broglie, au pont de la droite, a le flanc de l'armée; Le Roi commande au centre, et doit le protéger; Coigny sera par-tout où sera le daager. La gauche, près du fleuve, est un champ de bruyères, Propre au rapide choc des phalanges légères. Le reste, plus couvert, inégal, traversé, Forme, de poste en poste, un rempart hérissé. Aux premiers traits de l'orage, L intrépide Maillebois Offre une digue au passage De l'impétueux Lannois.

Vers ce centre embrasé que la mort environne, Vactindong fait marcher sa pesante colonne. Dans la poudre aussitôt les Titans sont couchés, Comme la moisson flottante Qui, de sa tête ondoyante, Voit tomber les épis à la terre attachés. Où courez-vous, Roi magnanime?

Vos sujets combattront pour vous.

Dieux! quelle seroit la victime!

Arrêtez, vos jours sont à nous!

Contre une atteinte meurtrière Le trône n'a point de barrière.

D'ITALIE. i23

Et la mort, aveugle et sans choix,

Perce de ses traits sanguinaires

Le casque des têtes vulgaires ,

Et le bandeau sacré des rois.

Wirtemberg, qui couroit à son heure fatale. De la digue au rivage occupe l'intervalle Avec ses combattants, ces vaillants cuirassiers, La gloire de l'Empire et l'effroi des guerriers. De leur front élevé l'armure étincelante, Des monstres des forêts la dépouille effrayante, Rendoient plus redoutés ces Centaures du nord. Dont l'aspect annonçoit ou la fuite ou la mort.

Soudain l'élite guerrière

De nos escadrons brillants

S'élance dans la carrière,

Les vents portent leur bannière,

Ils partent avec les vents,

L'airain des trompettes sonne;

L'acier sur l'acier résonne,

La mort croise tous ses traits,

Les rangs mêlés se confondent;

Les coups frappés se répondent,

Reçus, rendus de plus près.

On voit les coursiers rapides

Partir d'un élan fougueux ;

Et leur instinct belliqueux

Les fait voler sous leurs guides,

Les fait combattre avec eux.

Coigny bravoit la tempête;

Un fer levé sur sa tête

Alloit trancher son destin;

Le combattant qu'il arrête

Est fait captif de sa main.

Tout cède enfin, tout succombe.

La voix du sort a parlé;

Et du colosse ébranlé

La masse chancelle et tombe.

Harcourt, Brissac, Ghâtillon,

Maîtres du sanglant rivage ,

Chassent comme un tourbillon

Ce qui reste à leur passage.

Où sont ces audacieux?

Leur front, qui touchoit aux cieuxT

Est caché dans la poussière.

J'ai vu leur déroute entière;

Et ce qui fuit devant nous,

Précipité par la crainte ,

D'un bois s'est fait une enceinte

Qui les dérobe à nos coups.

Neupert voit échouer ces charges impuissantes, Et prépare l'horreur d'un combat plus affreux.

DITALIE. 125

L'hydre des bataillons vomit de nouveaux feux, Et lève contre nous ses têtes renaissantes. Attaquez, combattez, Alcide généreux.

Roi des Alpes, volez au secours de nos armes. Mais qu'il en va coûter et de sang et de larmes ! Pézé, percé de coups, combat contre la mort. D'Avaray, Lannion, Chatte, ont fini leur sort; D'Affry tombe avec eux: Ghâtillon, d'Armentière . Bertin, Souvré, Lautrec, sortez de la carrière, Votre sang a coulé; tant d'autres, à leur tour, Brûlent de remporter les palmes de ce jour!

Je les vois qui , sur ce rivage ,

Dans chaque poste raffermi,

Font, contre l'effort ennemi,

Le dernier effort du courage.

Fidèle à son ressentiment,

L'Eridan nous livre la guerre

Par un fatal embarquement,

Et force l'humide élément

A porter les feux du tonnerre ■

Mais le perfide, en ce moment,

De son antique embrasement

Crut voir l'irruption soudaine ,

Quand, des cieux, Jupiter armé

Foudroya le char enflammé

Quégaroit le fils de Climéne.

Tout a fui devant nous, et les vainqueurs sanglants Foulent aux pieds les morts pour suivre les vivants. C'est le jeune Coigny dont l'ardente poursuite Presse vers Luzara leur déroute et leur fuite. Mantoue est dans les pleurs, Guastal est dans les jeux. Mais tandis que Guastal chante ce jour heureux, Je vis sur ses remparts l'humanité plaintive Qui, d'un œil consterné, contemploit cette rive. Ses mains jointes, d'horreur tombent sur ses genoux; Sur son front la pitié se mêle à son courroux : On entend les sanglots d'une mère oppressée, Et des chants du vainqueur son oreille est blessée. La gloire lui montroit les prix de la valeur : C'est le sang qu'elle voit, la mort, et la douleur.

Ecartons ces tristes images; Sur les cyprès de Mars étendons ses lauriers. Et Noaille et la paix viennent sur ces rivages : Coigny va, sur le Rhin, plaire à d'autres guerriers.

Rappelé des climats de l'Ourse, Le Germain n'ira plus, négligeant ses confins, Soulever l'étranger, et ralentir la course

D'un roi soutenu par nos mains.

Un peuple au fond du nord, fameux par ses orages,

Malheureux par sa liberté, Des dieux et des Bourbons alliant les suffrages,

Donnoit le sien à 1 équité.

Vienne, pour son idole arrachant les hommages, S'élève en souveraine et dicte un nouveau choix.

Ses dons sont différents des nôtres :

L'art de faire des rois , sans en détrôner d'autres ,

N'est pas connu de tous les rois.

Gontaut, ces traits divers consacrés par la gloire, Des beaux jours de Louis commenceront l'histoire Combattre, conquérir, et donner des Etats,

C'est le triomphe qui le flatte;

Le moment où son régne éclate, Est le moment qui venge ou fait des potentats.

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