SCÈNE V
URANIE, seule.
C'est ici le séjour Où le fils d'Apollon doit bientôt reparoître : Attendons... Quel objet vient de frapper mes yeux!
Pourquoi cette lyre en ces lieux?
A l'une de mes sœurs elle appartient peut-être. Voyons... en la touchant amusons nos loisirs.
(Uranie touchant cette lyre est étonnée du prélude qu'elle entend, et qui lui inspire aussitôt des chants d'amour.)
« Douce volupté d'un cœur tendre, Triomphez de tous les plaisirs »...
(Uranie s'arrête avec surprise.)
ENCHANTÉE. 2o5
Ah dieux! que me fait-elle entendre!...
Mais je crains peu de m'y laisser surprendre : Ce sont de vains accords qu'emportent les zéphirs.
« Douce volupté d'un cœur tendre, Triomphez de tous les plaisirs.
L'Amour cause quelques soupirs , Mais le bonheur doit en dépendre.
Douce volupté d'un cœur tendre, Triomphez de tous les plaisirs. »
Quels sons touchants! Je devrois les suspendre... Linus, mon cher Linus, quelle ardeur de te voir
Brûle mon ame impatiente !
Trop d'intérêt pour toi commence à rn'émouvoir,
Et mon amitié m'épouvante.
(Après avoir rêvé quelque temps , elle touche encore cette lyre, qui rend des sons gais.)
« La sagesse est de bien aimer, Et d'aimer toujours sans partage.
On est heureux si l'on peut s'enflammer: Si l'on est constant on est sage.
ao6 LA LYRE
La sagesse est de bien aimer,
Et d'aimer toujours sans partage. «
(Après un moment de silence.) Je le sens bien, Linus, le bonheur de mes jours Seroit de t'adorer toujours.
(Elle s'arrête avec étonnement.)
L'adorer!... moi? Qu'ai-je dit? je 1 ignore. Ma raison interdite accuse mes discours;
Et mon cœur les répète encore!
Il vient... Gomment cacher le feu qui me dévore?