URANIE, LINUS
URANIE
Suivez, chantez le dieu qui paroît vous charmer, Je ne lui serai plus contraire.
Quand mon cœur brûle de vous plaire, Puis-je vous défendre d'aimer?
LINUS
Ah! déesse, le puis-je croire?
Non, non, ce seroit en un jour Trop d'ambition pour ma gloire, Trop de triomphe pour l'Amour.
Amusons-nous de la tendresse, Qu'elle soit un jeu pour nos cœurs; Gardons-nous, gardons-nous sans cesse Du piège des folles ardeurs.
URANIE
Vous me lancez mes propres armes, Quand je les mets aux pieds de mon vainqueur.
LINUS
Eh bien! connoissez donc mon cœnr.
Gomme vous de l'amour j'éprouve tous les charmes, Dans ces lieux, loin de vous, je venois soupirer... J'adore...
URANIE
Ah! de quel trait m'allez-vous déchirer?
LINUS
J'adore une Sirène, et je suis aimé d'elle. Parthénope...
URANIE
Quel nom ! quelle honte mortelle !
LINUS
Apollon lui-même en ce jour Va couronner notre espérance.
(Un prélude annonce l'arrivée d'Apollon.) Mais ce brillant concert annonce ici sa cour, Et je vois le dieu qui s'avance.
2o8 LA LYRE
URANIE
Comment éviter sa présence?
(Le Parnasse s'éclaire: Apollon descend d'un côté de la montagne, suivi des Muses. Terpsichore arrive ensuite, suivie de ses élèves. Les Faunes et les Dryades qui ont formé le premier divertissement accourent à ce spectacle.)