LA PRÊTRESSE
Renversons cet autel.
ANACRÉON , se levant pour s'opposer à leur fureur. Ali! laissez-moi défendre Le plus charmant des dieux.
LA PRÉTRESSE, en l'arrêtant.
Cesse ton criminel hommage,
Chasse l'Amour , De ce séjour.
Avec Facchus point de partage :
C'est un outrage.
ANACRÉON
Eh ! pourquoi les séparer, Quand la volupté les rassemble?
LA PRÉTRESSE.
L Amour nous feroit soupirer.
VNACRÉON.
A la tahle des dieux on les adore ensemble:
ANACRÉON. 217
Eh î pourquoi les séparer?
(On voit ici, dans un ballet figuré, un combat entre les suivants d'Anacréon et ceux de la Prêtresse. Lycoris , qu'on veut arracher de ce lieu, paroit toujours au milieu de la danse , poursuivie par une Ménade. La symphonie exprime la fureur des uns et les gémissements des autres. Les Bacchantes ont enfin le dessus : Lvcoris disparoît, et l'on brise la statue de F Amour.) LE CHOEUR.
Bacchus remporte la victoire.
Ne suivons que Bacchus, ne chantons que sa gloire. (La prêtresse et sa suite «e retirent.)
SCÈ^NE III.
ANACRÉON, AGATHOCLE, EURICLÈS,
les autres convives, le choeur.
ANACRÉON
Non, je ne puis souffrir cette injuste rigueur!
Bacchus, par quelle violence Veux-tu chasser l'Amour qui régne dans mon cœur.'
Si je brûle de plus d'ardeur,
C'est par l'effet de ta puissance.
Eloignez-vous, plaisirs; sortez de ce séjour : Je renonce à Bacchus, s'il en coûte à l'Amour. (A cet ordre d'Anacréon , les convives et le chœur se retirent, et les rideaux tombent.)
3i8 ANAGRÉON.
ANACRÉON, seul.
J'aime à voir ce lieu plus paisible ; Et déjà le sommeil vient calmer mes esprits.
Cédons à ce charme invincible...
(En cet endroit Anacréon s'approchant de son lit, et, en
s'asseyant dessus , dit : ) Mes yeux en se fermant auroient vu Lycoris !