‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 68 sur 116 · A MADEMOISELLE SALÉ · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE SALÉ

Les Amours , pleurant votre absence ,

Loin de nous s etoient envolés :

Enfin les voilà rappelés

Dans le séjour de leur naissance.

Je les vis , ces enfants ailés ,

Voler en foule sur la scène

Où, pour voir triompher leur reine,

Leurs états furent assemblés.

Tout avoit déserté Cythère ,

Le jour, le plus beau de vos jours,

Où vous reçûtes de leur mère

Et la ceinture et les atours.

Dieux! quel fut l'aimable concours

Des Jeux qui, marchant sur vos traces.

Apprirent de vous pour toujours

Ces pas mesurés par les Grâces

Et composés par les Amours!

Des Ris l'essaim vif et folâtre

Avoit occupé le théâtre

Sous les formes de mille amants;

Vénus et ses nymphes, parées

Dé modernes habillements,

Des loges sétoient emparées.

Un tas de vains perturbateurs,

Soulevant les flots du parterre,

A vous, à vos admirateurs

Vint aussi déclarer la guerre.

Je vis leur parti frémissant,

Forcé de changer de langage,

Vous rendre, en pestant, leur hommage,

Et jurer en applaudissant.

Restez, fille de Terpsichore;

L'Amour est las de voltiger;

Laissez soupirer l'étranger,

Brûlant de vous revoir encore.

Je sais que, pour vous attirer,

Le solide Anglois récompense

Le mérite errant que la France

Ne sait tout au plus qu'admirer.

Par sa généreuse industrie

Il veut en vain vous rappeler :

Est-il rien qui doive égaler

Le suffrage de sa patrie?

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