‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 69 sur 116 · SUR LA VOLUPTÉ · texte numérisé non relu

SUR LA VOLUPTÉ

Hôte aimable d'un lieu charmant Où, loin du faste et du tumulte, Tu parois si fidèle au culte Du dieu père de l'enjouement, J'irai sous ce bois respectable, De myrte et d'oliviers planté, Revoir, à tes côtés, à table, L'Innocence et la Volupté.

Des grands, ainsi que du vulgaire, Que ces beaux lieux soient ignorés; Dans ce bachique sanctuaire Tous ces profanes altérés Porteroient leur soif téméraire.

Adorons de loin nos tyrans; Si la gloire avec eux habite, L'ennui suit la pompe et les rangs , Et tu sais que la joie évite

25o ÉPITRES.

L'air fâcheux des dieux et des grands.

Non, vous n'aurez point notre hommage,

Vous dont j'ai bravé les mépris;

Ce berceau, mieux que vos lambris,

Couronne la tète du sage.

Plus de plaisir, moins de splendeurs ;

Vos ennuyeuses excellences

Et vos sérieuses grandeurs

Glaceroient nos vives séances.

Les dieux, par un don généreux,

Ont comblé l'état où nous sommes :

La grandeur fut faite pour eux ,

Le plaisir fut fait pour les hommes;

Ils sont grands, nous sommes heureux.

Que la saturnale établie

Dans ton rustique appartement

Leur prouve notre enchantement.

Quand l'ivresse parle , et délie

Les nœuds du froid raisonnement ;

Lorsqu'un léger caprice allie ,

Par un bizarre enchaînement,

Et la maxime et la saillie ,

Et que des cœurs l'accord charmant

Joint aux accès de la folie

Les ressources du sentiment :

ÉPITRES. a5i

Dieux, respectez l'égarement D'un heureux mortel qui s'oublie, Plus dieu que vous dans ce moment .

Pendant que 1 active opulence Possède sans pouvoir jouir, Coulant, dans l'ombre du plaisir, Des jours faits pour l'indépendance, Une oisive et molle indolence M'endort dans les bras du plaisir, M'éveille au sein de l'espérance.

Ami, voilà la volupté, Libre enfant de l'oisiveté; La volupté toujours nouvelle, Vive sans fougue et sans transports, Qui fuit, mais qui laisse après elle Les désirs au lieu de remords.

Sur mon front serein la jeunesse Sème encor les fleurs et les lis; Je bois, je folâtre, et je ris; Si je succombe à ma foiblesse, Un dieu, réchauffant mes esprits, De ma flamme et de mon ivresse Redouble à chaque instant le prix; Et chaque instant qui fuit me laisse Plus altéré, mais plus épris.

Nuit charmante, arrête, prolonge Les douceurs d'un festin pareil; Reculons l'instant du réveil, Il ne peut nous donner qu'un songe. Que l'aube , à son brillant retour, Sur les gazons nous trouve encore Disputant de vers et d'amour; Et de nouveau voyons éclore, Pour prémices d'un plus beau jour, Les fleurs, les plaisirs, et l'aurore.

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