A OLYMPE
Tandis que l'enfant de Cypris
Inspire et féconde l'adresse
De ses nocturnes favoris,
Et, dans la nuit la plus épaisse,
Trompe les cocus de Paris;
Quand l'Hymen dort, quand l'Amour veille:
Quand le Suisse prête l'oreille
x\u marteau que va doucement
Soulever la main d un amant;
Quand les Marthons en sentinelle
Observent les pas des jaloux ;
Quand plus d une épouse infidèle
Ferme sur elle les verrous ;
Lorsqu'une heure sonne et m'appelle,
Je pars, je vole où me conduit
La route la plus solitaire,
Donnant pour guide le mystère Au dieu des faveurs, qui me suit.
J'arrive auprès de ta demeure , Et, loin des passants et du bruit, Couvert du manteau de la nuit, J'attends ton retour et ton heure.
Ces vers te peindront le local Voisin de tes toits domestiques.
Près de ce temple monacal , Par ses cloches et ses cantiques, A notre repos si fatal, Deux petits monuments antiques Ont un frontispice inégal; Une Madone et sa chapelle, Une Naïade et son canal , Font une accolade nouvelle.
Au centre est un enfoncement, Un refuge , un abri fidèle Qui sert de niche à ton amant.
Aux divinités mes voisines Je dis l'excès de mon amour, Et les entretiens tour-à-tour Des plaisirs que tu me destines.
Objet de ce saint monument, Dis-je, en m'adressant humblement A la pucelle égyptienne.
Souffre qu'un profane, un amant, Au lieu de te dire une antienne , Soupire à tes pieds son tourment.
Tu me vois d'un regard sévère :
Et cette lampe qui t 'éclaire, J'en juge par son tremblement, Me prête à regret sa lumière.
O déesse ! écoute un moment :
De tous les voiles du mystère Je couvre mon égarement; Et si d'une ardeur criminelle Je brûle involontairement, Au moins suis-je un amant fidèle.
Toi qui, du fond de ces canaux, Fais jaillir ta vive cascade, O Nymphe, ô gentille Naïade Dont j'entends murmurer les eaux, Avec plaisir tu dois apprendre Le bonheur d'un amant heureux; Tu seras propice à mes vœux :
Les Naïades ont le cœur tendre!
Quand je parle ici de mes feux, Que fais-tu, Nymphe de la Seine?
Peut-être en ces humides lieux Quelque Triton audacieux
Perce ta voûte souterraine.
Je le vois brûlant de désir Réchauffer ton onde glacée, Et sur ton urne renversée Trouver la source du plaisir.
Loin que ta pudeur s'y refuse, Combien de fois, sans l'arrêter, Sais-tu lui faire répéter Les jeux d'Alphée et d'Aréthuse!
Ma nymphe, aussi vive que toi, Dans peu goûtera ces délices, Aura ces gages de ma foi , Et verra de tels sacrifices.
Mais tandis que, dans ce réduit, Ma veine coule avec ton onde, Près de nous j'entends quelque bruit; Au travers de la nuit profonde, Quel est ce flambeau qui me luit?
Le bruit cesse... il se renouvelle...
L'espoir fait tressaillir mon cœur.
C'est Olympe... on frappe, c'est elle!
Ah! c'est l'instant de mon bonheur!
Je vole, Olympe, où tu m'appelles; Prépare des flammes nouvelles Pour tous les transports que je sens.
Adieu, fontaines et chapelles; Adieu , nymphes , adieu , pucelles ; J'invoque des dieux plus puissants.
Amour, porte-moi sur tes ailes Au paradis fait pour mes sens.