‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 75 sur 116 · A MISS · texte numérisé non relu

A MISS

Mon cœur, tu n'avois point aimé :

Du véritable amour reconnois la puissance,

Et d'un feu constant animé, Pleurons les plus beaux jours perdus dans l'inconstance.

Lorsqu'à l'autel du plus jeune des dieux J'immolai cette fleur prémice de mon âge, Avide, emporté, curieux,

J'usai de tout sans en goûter l'usage.

D'un rapide bonbeur je ne vis que l'image; Je perdis tout le fruit des plaisirs de ce jour,

La nature en eut tout l'hommage :

G'étoit l'instinct, ce n'étoit point l'amour.

Soudain , par des flammes nouvelles Je vis mes sens se rallumer; Je m'épuisois à les calmer.

Du plus volage Amour je fatiguois les ailes,

Jattaquois cent beautés par mes vers infidèles; J'en sus quelquefois désarmer :

Mais , plus amant du plaisir que des belles , C'étoit jouir, ce n'étoit point aimer.

J'aimai bientôt par habitude; L'obstacle et le danger ressuscitant mes goûts,

Je fis mes plaisirs les plus doux De combattre une Agnès, de soumettre une prude; L'amour est un plaisir, et j'en fis une étude : J'en fis l'art, et traçant le système amoureux, J'enseignois le bonheur et n etois point heureux.

J'aime enfin, j'ai rendu les armes; Le vrai trait est parti du carquois des Amours.

J'ai connu les tendres alarmes , Et mes yeux, étonnés de leurs premières larmes, Ont vu l'unique objet qu'ils aimeront toujours. Contre un penchant réel je combattois encore; Les mains d'une étrangère ont apporté mes fers : Londres fut le berceau de celle que j'adore, Et l'astre de mes jours s'est levé sur les mers.

O nymphes d'Albion! je reconnus sans peine Ce teint, cette taille, ces traits

EPITRES. 2$i

Dont Thétys, votre souveraine, De l'une de vos sœurs composa les attraits:

Pour fixer une ame inconstante

L'Amour prit soin de la former

Tendre, naïve, et caressante, Faite pour plaire, encor plus pour aimer; Si vive dans les ris, dans les pleurs si touchante;

Portant tous les traits précieux

Du caractère dune amante, Le plaisir sur sa bouche et l'amour dans ses yeux.

O toi! qui vas régner sur mon ame attendrie,

O ma jeune étrangère! écoute mes accents; Étouffe les cris impuissants

De la folle pudeur où l'enfance est nourrie;

Ne rougis que d'attendre, et permets à tes sens La liberté, trésor de ta patrie.

Des préjugés choisis ceux des plaisirs.

Le passé n'est plus rien ; l'avenir est un songe.

L'amour est tout, l'honneur est peut-être un mensonge.

Fais taire ce tyran , fais parler tes désirs : Voilà tes dieux ; voici ce qui les touche. Pœnds-toi, jouis, et permets qu'à mon tour J'ose en tes bras te prouver mon amour, Par mes soupirs expirants sur ta bouche ■

Là sur ton cœur que j'aurai pu charmer, Là, dans le sein de 1 ivresse suprême, Là, tous les dieux, Vénus, et l'Amour même Apprendront comme il faut aimer.

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ÉPITRE XIY

A THÉLAMIRE

Ah dieu ! qui pourroit résister Au nouveau charme qui m'attire?

Les Grâces vont toucher ma lyre, L'Amour avec moi va chanter; J'entends la voix de Thélamire, Et mon ame , sans s'arrêter, S'abandonne au double délire De la voir et de l'écouter.

O ! que de conquêtes nouvelles Feront nos chants mélodieux, Si le langage aimé des dieux Devient encor celui des belles!

A la voix des muses mortelles, Quels accents seront comparés?

Ah! s'ils veulent être adorés, Que ces dieux nous parlent comme elles.

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