A OLYMPE
Il faudroit aimer pour m'entendre :
Loin, tout profane curieux, Peu fait pour écouter, moins digne de comprendre Ce langage mystérieux.
Regretter, désirer, attendre; Brûler d'un feu qu'on caché à tous les yeux, Montrer dans tous les temps, porter dans tous les lieux Cet ennui renaissant que rien ne peut suspendre;
Voir les plaisirs, et s'en défendre; Tranquille ou vagabond, stupide ou furieux, Fixer tout sans rien voir, ou voir tout odieux; Passer d'un songe affreux au rêve le plus tendre : Voilà mon cœur, Églé, c'est à toi d'y descendre; C'est à toi de sentir qu'on ne peut aimer mieux.
Conçois tous les tourments de mon ame éperdue, Quand le destin jaloux me sépare de toi;
Tu sais bien, quand tu mes rendue, Si l'Amour a des traits qu'il n'ait pas faits pour moi.
Te contempler, t'adorer, te le dire; Soupirer à tes pieds cet amoureux tourment Qui n'a plus ni langueur, ni crainte, ni martyre; Pressentir et vouloir ce que ton cœur désire; De nos vœux mutuels suivre l'enchaînement;
Par les routes du sentiment
Conduire ton ame au délire,
Du délire au ravissement; Oublier l'univers dans cet égarement; Dans un de tes regards, dans ton moindre sourire,
Trouver par-tout l'heureux moment;
Vois la force de ton empire,
Et le bonheur de ton amant.
Dans un lieu de mystère, impénétrable et sombre,
J'ensevelis ma gloire et cache ton vainqueur : C'est là,, qu'absent de toi, j'aime à compter le nombre
Des sacrifices de ton cœur.
Ici chaque instant les rappelle ; Si je veille, mes sens ne sont pleins que de toi.
La nuit, à mes désirs fidèle,
Tapportant sur son aile, Pare de ta beauté les songes que je voi.
Tci , sous ces mêmes ombrages
Où Morphée et l'Amour, l'un par l'autre amenés»
Nous ont tant de fois couronnés,
J'ai vu sans voile et s^ans nuage
Un de ces songes fortunés; Dans un cercle mouvant de rapides images
Mes esprits furent entraînés.
Sur un trône éclatant j'étois ce dieu du monde
Qu'on dit seul, et qu'on dit heureux.
Peu jaloux d'exercer ma sagesse profonde, Sans régir l'univers , sans allumer ses feux ,
Sans calmer ni soulever l'onde, D'un dieu qui peut aimer trop inutiles jeux, Je rendois au néant tout ce vaste assemblage,
Tout disparoissoit à ma loi.
Echappé du commun naufrage, Ton seul être vivoit immortel comme moi. Ta joie et tes plaisirs étoient mon seul ouvrage, Ton éternel amant t'adoroit sans partage ,
Plus libre et plus digne de toi.
Des siècles s ecouloient, et leur suite innombrable
Ont vu ma constance immuable;
D'autres objets se sont offerts
Au souffle de ma voix puissante.
J'ai fait, pour t'adorer, naître un autre univers,
De nouveaux cieux se sont ouverts
Pour y contempler mou amante; Pour y voir notre flamme à jamais renaissante
Peupler les éléments divers.
Au gré de nos ardeurs fécondes, Je voulois tout former, tout créer avec toi ;
Je voulois unir tout en moi
Le plaisir des causes secondes.
Tu ris du vain transport de mes sens agités;
Tu tends les bras, tu me rappelles
A des jouissances réelles,
A de plus sûres voluptés.
Je t'entends : quelle erreur avoit pu me séduire?
Loin ces fantômes de la nuit; Sans détrôner les dieux, sans créer ni détruire, Le bonheur est plus près, l'amour nous y conduit. Goûtons bien les plaisirs. Qu'importe leur durée? Nos jours sont au destin, le moment est à nous.
Rendons les dieux même jaloux Et de mes cieux, et de mon empirée;
Sois mon délire et mou amour.
Ce gazon qui t'attend, l'ombre de ce séjour
Vaut pour moi la voûte azurée.
Ivre de mes plaisirs, content de tes appas, Viens jouir, viens brûler de ce feu qui m'inspire;
Je veux que ton sein et tes bras
Soient les bornes de mon empire.