A DORIS
Doris, confidente des Grâces, Toi, que la beauté même appelle à son secours.
D'Eglé tu suis par-tout les traces; Tu pares ses attraits, tu formes ses atours,
Et chaque ornement que tu places
Est un piège pour les Amours.
Des parures du goût l'élégant assemblage
Fait par toi le charme des yeux.
Tu sais rappeler Flore et réparer l'outrage
Que fait le temps injurieux.
Tu peux le disputer aux dieux
Dont tu rends plus parfait l'ouvrage.
Quelle fée auroit ton pouvoir, Lorsqu'un sceptre léger sous ta main fait mouvoir
Ces boucles, ces tresses légères; Quand sur les traits d'Églé, par ton art embellis, Tu mêles l'incarnat des roses étrangères
A la pure blancheur des lys?
Quel bonheur est le tien! Que les dieux que j'implore N'ont-ils donné ton sort à mes désirs?
Quand le jour, achevant déclore, De Flore et de Zéphyr éclaire les plaisirs, Tu la vois dans son lit, cette Eglé que j'adore,
Plus fraîche que l'Aurore,
Plus folâtre que les zéphirs.
Quel spectacle à mes yeux y renaîtroit sans cesse'
D'Eglé nuit et jour occupé Je verrois ce désordre où le sommeil la laisse, De ses bras étendus , de son sein échappé , '
M'offrir limage enchanteresse.
Je la suivrois au bain, où mes sens plus épris
Jouiroient cent fois davantage; Mes avides regards se feroient un passage Dans le cristal des eaux qui baignent ma Gypris.
Mais Églé s'éveille et te sonne.
De mille Amours déjà la foule t'environne. Lève avec ses rideaux le bandeau du sommeil. Que ne puis-je être à son réveil!
De mille vœux confus c'est la foule nouvelle.
Cette Eglé qui, jamais d'accord, Veut tout, ne veut plus rien, te renvoie et t'appelle,
Se lève, fuit le jour, te gronde, et se rendort.
Jaloux de tes belles journées, Doris, que ne puis-je avec toi Changer mes tristes destinées!
Doris, je donnerois, je croi, Le régne entier du plus grand roi Pour une de tes matinées.