LA COLÈRE DE L'AMOUR
Que j etois aveugle et volage, Quand je formois mille désirs!
Un seul fait le bonheur du sage.
Apprenez l'emploi du bel âge; J'enseigne le choix des plaisirs.
La faveur légère et perfide
A la cour m'avoit ébloui.
Mais , trompant mon ardeur avide ,
Au bout de ma course rapide
Le fantôme est évanoui.
Plutus, des limites du monde, M'apportoit ses trésors divers; Mais mon espoir flottoit sur l'onde, Et ma fortune vagabonde Périt dans le gouffre des mers.
Thémis embrassa ma querelle;
Mes droits lui furent tous connus; Mais je plaidois contre une belle, Et je vis mon juge infidèle Vendre sa balance à Vénus.
Un espoir me restoit encore :
A Silène enfin j'ai recours; Je veille et bois jusqu'à l'aurore :
Mais ce feu lent qui me dévore Abrège et consume mes jours.
Ainsi la fortune inhumaine M'offroit tous les dieux ennemis, Je traînois ma vie incertaine; Jaccusois Plutus et Silène, La Grandeur, Neptune, et Tbémis.
J'allois me sauver à Cythère, Quand je vis tout-à-coup l'Amour; Il me lance un regard sévère, J'y lis sa fatale colère , Et me crois perdu sans retour.
Vois, dit-il, si ta folle envie A des vœux encore à former :
Vois les maux dont elle est suivie.
Malheureux , est-il dans la vie D'autre bien que celui d'aimer?