‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 86 sur 116 · LA COLÈRE DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LA COLÈRE DE L'AMOUR

Que j etois aveugle et volage, Quand je formois mille désirs!

Un seul fait le bonheur du sage.

Apprenez l'emploi du bel âge; J'enseigne le choix des plaisirs.

La faveur légère et perfide

A la cour m'avoit ébloui.

Mais , trompant mon ardeur avide ,

Au bout de ma course rapide

Le fantôme est évanoui.

Plutus, des limites du monde, M'apportoit ses trésors divers; Mais mon espoir flottoit sur l'onde, Et ma fortune vagabonde Périt dans le gouffre des mers.

Thémis embrassa ma querelle;

Mes droits lui furent tous connus; Mais je plaidois contre une belle, Et je vis mon juge infidèle Vendre sa balance à Vénus.

Un espoir me restoit encore :

A Silène enfin j'ai recours; Je veille et bois jusqu'à l'aurore :

Mais ce feu lent qui me dévore Abrège et consume mes jours.

Ainsi la fortune inhumaine M'offroit tous les dieux ennemis, Je traînois ma vie incertaine; Jaccusois Plutus et Silène, La Grandeur, Neptune, et Tbémis.

J'allois me sauver à Cythère, Quand je vis tout-à-coup l'Amour; Il me lance un regard sévère, J'y lis sa fatale colère , Et me crois perdu sans retour.

Vois, dit-il, si ta folle envie A des vœux encore à former :

Vois les maux dont elle est suivie.

Malheureux , est-il dans la vie D'autre bien que celui d'aimer?

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