‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 96 sur 116 · LE DESTIN DE CORINNE · texte numérisé non relu

LE DESTIN DE CORINNE

Corinne, prête-moi silence, Un oracle va te parler ; Il est temps de te révéler Le mystère de ta naissance :

Le jour que, prenant son essor, Ton ame au néant fut ravie, La Parque sur un fuseau d'or Noua le beau fil de ta vie.

Jamais, dans la marche des cieux.

L'union des astres propices Ne fit aux prophétiques yeux Voir de plus fortunés auspices.

Les dieux te combloient à l'envi Des trésors du céleste empire; Mais, je frémis de te le dire, Le don d'aimer te fut ravi.

Vois ta fatale destinée :

Tout manque au bonheur de tes jours;

Tu naquis, belle infortunée,

Pour plaire et pour languir toujours.

Ah ! d'un si cruel maléfice Écarte, si tu peux, les coups.

Hâte-toi ; qu'un prompt sacrifice Appaise l'Amour en courroux.

Corinne, implore sa puissance; Ton âge peut le désarmer.

Va, cours expier ta naissance Aux pieds du dieu qui fait aimer.

Page 1