PREMIÈRE PARTIE, ART. XII. If
tion naturelle, il pensoit, en même temps qu'il recevoit ces respects , qu'il n'étoit pas le roi que ce peuple cherchoit, et que ce royaume ne lui appartenoit pas. Ainsi il avoit une double pensée, l'une par laquelle il agissoit en roi, l'autre par laquelle il reconnoissoit son état véritable, et que ce n'étoit que le hasard qui l'avoit mis en la place où il étoit. Il cachoit cette dernière pensée, et il découvroit l'autre. C'étoit par la première qu'il traitoit avec le peuple, et par la dernière qu'il traitoit avec soi-même.
Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître que celui par lequel cet homme se trouvoit roi. Vous n'y avez aucun droit de vous-même et par votre nature , non plus que lui : et non-seulement vous ne vous trouvez fils d'un duc, mais vous ne vous trouvez au monde que par une infinité de hasards. Votre naissance dépend d'un mariage, ou plutôt de tous les mariages de ceux dont vous descendez. Mais d'où dépendoient ces mariages ? d'une visite faite par rencontre, d'un discours en l'air, de mille occasions imprévues.
Vous tenez , dites-vous , vos richesses de vos ancêtres ; mais ii'est-ce pas par mille hasards que vos ancêtres les ont acquises , et qu'il vous les ont conservées? Mille autres, aussi habiles qu'eux, ou n'ont pu en acquérir, ou les ont perdues après les avoir acquises. Vous imaginezvous aussi que ce soit par quelque voie naturelle
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que ces biens ont passé de vos ancêtres à vo Cela n'est pas véritable. Cet ordre n'est foi que sur la seule volonté des législateurs, qui pu avoir de bonnes raisons pour l'établir, n dont aucune certainement n'est prise d'un d] naturel que vous ayez sur ces choses. S'il 1 aVoit plu d'ordonner que ces biens , après a^ été possédés par les pères durant leur vie, retc neroient à la république après leur mort, v n'auriez aucun sujet de vous en plaindre.
Ainsi, tout le titre par lequel vous possé votre bien n'est pas un titre fondé sur la natu mais sur un établissement humain. Un au tour d'imagination dans ceux qui ont fait lois , vous auroit rendu pauvre ; et ce n'est ( cette rencontre du hasard qui vous a fait nai avec la fantaisie des lois , qui s'est trouvée fa rable à votre égard , qui vous met en possessi de tous ces biens.
Je ne veux pas dire qu'ils ne vous apparti nent pas légitimement, et qu'il soit permis à autre de vous les ravir ; car Dieu , qui en est maître , a permis aux sociétés de faire des 1 pour les partager : et quand ces lois sont 1 fois établies, il est injuste de les violer. C1 ce qui vous distingue un peu de cet hom dont nous avons parlé , qui ne posséderoit s royaume que par l'erreur du peuple, parce c Dieu n'autoriseroit pas cette possession, et l'ol geroit à y renoncer, au lieu qu'il autorise vôtre. Mais ce qui vous est entièrement comm avec lui , c'est que ce droit que vous y avez n