‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 13 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. I

elle : de sorte que , pour donner la certitude entière des matières les plus incompréhensibles à la raison, il suffit de les faire voir dans les livres sacrés ; comme pour montrer l'incertitude des choses les plus vraisemblables, il faut seulement faire voir qu'elles n'y sont pas comprises; parce que les principes de la théologie sont audessus de la nature et de la raison , et que , l'esprit de l'homme étant trop foible pour y arriver par ses propres efforts, il ne peut parvenir à ces hautes intelligences, s'il n'y est porté par une force toute-puissante et surnaturelle.

Il n'en est pas de même des sujets qui tombent sous les sens ou sous le raisonnement. L'autorité v est inutile, la raison seule a lieu d'en connoître ; elles ont leurs droits séparés. L'une avoit tantôt tout l'avantage ; ici l'autre règne à son tour. Et comme les sujets de cette sorte sont »| proportionnés à la portée de l'esprit , il trouve nne liberté tout entière de s'y étendre : sa fécondité inépuisable ' produit continuellement, et ses inventions peuvent être tout ensemble sans fin et sans interruption.

C'est ainsi que la géométrie, l'arithmétique, la musique, la physique, la médecine, l'architecture, et toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites. Les anciens les ont trouvées seulement ébauchées par ceux qui les ont précédés : et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus

accompli que nous ne les avons reçues. Comme leur perfection dépend du temps et de la peine , il est évident qu'encore que notre peine et notre temps nous eussent moins acquis que leurs travaux séparés des nôtres, tous deux néanmoins, joints ensemble, doivent avoir plus d'effet que chacun en particulier.

L'éclaircissement de cette différence doit nous faire plaindre l'aveuglement de ceux qui apportent la seule autorité pour preuve dans les matières physiques, au lieu du raisonnement ou des expériences ; et nous donner de l'horreur pour la malice des autres , qui emploient le raisonnement seul dans la théologie, au lieu de l'autorité de l'Écriture et des pères. Il faut relever le courage de ces gens timides qui n'osent rien inventer en physique , et confondre l'insolence de ces téméraires qui produisent des nouveautés en théologie.

Cependant le malheur du siècle est tel , qu'on voit beaucoup d'opinions nouvelles en théologie , inconnues à toute l'antiquité , soutenues . avec obstination , et reçues avec applaudisse- ^ ment ; au lieu que celles qu'on produit dans 11 7 physique , quoique en petit nombre , semblent devoir être convaincues de fausseté dès qu'elles ; choquent tant soit peu les opinions reçues-: comme si le respect qu'on a pour les anciens philosophes étoit de devoir, et que celui que l'on porte aux plus anciens des pères étoit seulement de bienséance? >

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