DE PASCAL
je m'y sens tellement disproportionné , que je crois oi la chose absolument impossible.
rouvre très-possible dans les Provinciales. V.
!et art que j'appelle l'art de persuader consiste
parties essentielles.
e n'est pas là l'art de persuader, c'est Part d'argumenter. V.
t voudroîs que la chose fut véritable , et qu'elle fut ue , que je n'eusse pas eu la peine de rechercher nt de soin la source de tous les défauts des raison-
, le Pascal des Anglois , n'avoit pu lire Pascal. 11 vint après , homme , et ces pensées paraissent , pour la première fois , i demi-siècle après la mort de Locke. Cependant Locke , aide ul grand sens , dit toujours : Définissez Us termes, V.
jes meilleurs livres sont ceux que chaque lecteur l'il auroit pu faire.
'est pas vrai dans les sciences : il n'y a personne qui croie qu'il aire les principes mathématiques de Newton. Cela n'est pas «lies-lettres ; quel est le fat qui ose croire qu'il auroit pu faire trÉnéide?V.
e les voudroîs nommer basses, communes, famices noms-là leur conviennent mieux; je hais les enflure.
a chose que vous haïssez ; car pour le mot , il vous en faut un
ime ce qui vous déplaît. V.
un moyen de découvrir la vérité , qui me parott \yoir échappé
s philosophes. 11 est tiré de la relation d'un voyage fait aux
s , en 1 760 , par le capitaine Dryden.
emploie dans ces tles une singulière méthode de découvrir la
; voici en quoi elle consiste : quand on veut savoir si un homme
» a commis ou n'a pas commis une certaine action , et que des gens » qui ont acheté , pour une sommé assez modique , le droit de s'en » iuformer , n'ont pas eu l'esprit de découvrir la vérité , ils font lier » fortement les jambes de l'accusé entre des planches ; ensuite on serre » entre ces planches un certain nombre de coins de bois, à force de bras v et de coups de maillet. Pendant ce temps-là les rechercheurs interv rogent tranquillement le patient, font écrire ses réponses , ses cris, » les demi-mots que les tourments lui arrachent , et ils ne le laissent » en repos qu'après être parvenus à le faire évanouir deux ou trois fois » par la force de la douleur , et que le médecin, témoin de l'opération, u a déclaré que , si on continue , le patient mourra dans les tourments. » Quelquefois il arrive que les rechercheurs n'ont pas eu besoin de » recourir à ce moyen pour se croire sûrs de la vérité , mais qu'il leur d reste un léger scrupule; alors ils ordonnent, qu'avant de punir » l'accusé , on recourra à la méthode infaillible des maillets et de* » coins. A la vérité , ils remplissent de tourments horribles les derniers » moments de cet infortuné $ mais ces aveux , extorqués par la torture, » rassurent leur conscience , et au sortir de là , ils en dînent bien pins » tranquillement : quand ils voient que l'accusé a pu avoir des cotn- » plices , ils ont grand soin de recourir à leur méthode favorite. Enfin, » il y des crimes pour lesquels on l'ordonne par pure routine , et où j> cette clause est de style.
» Ces rechercheurs, aussi stupidesque féroces, ne se sont pas encore » avisés d'avoir le moindre doute sur la bonté de leur méthode. Us » forment une caste à part. On croit même , dans ces îles , qu'ils sont » d'une race d'hommes particulière, et que les organes de la sensibilité » manquent absolument à cette espèce. En effet, il y a des hommes foi t )) humains dans les mêmes îles. La première caste même est formée » de gens très-polis , très-doux et très-braves. Ceux-là passent leur vie » à danser ; et portant de grand chapeaux de plumes , ils se croiraient » déshonorés , s'il dansoient avec un homme de la caste des recher- » cheurs } mais ils trouvent très-bon que ces rechercheurs gardent Je >> privilège exclusif d'écraser, entre des planches , les jambes de toute» » les castes.
» On m'a assuré que, quelques personnes de la caste des lettré» » s'étant avisées de dire tout haut qu'il y avoit des moyens plus » humains et plus sûrs de découvrir la vérité, les rechercheurs à » maillets les ont fait taire , en les menaçant de les brûler à petit feu, i) après leur avoir préalablement brisé les jambes j car le crime de » n'être pas du même avis que les rechercheurs est un de ceux pour 4> lesquels ils ne manquent jamais d'employer leur méthode.
» Des politiques profonds prétendent que , depuis ce temps-là , le> » rechercheurs sont eux-mêmes convaincus de l'absurdité de lcnr A méthode; que, s'ils l'emploient encore de temps en temps sur de*
» accuses obscurs , c'est afin de ne pas laisser rouiller cette vieille » arme , et de la tenir toujours prête pour effrayer leurs ennemis , ou » pour s'en venger.
» J'ai lu qu'il y avoit eu autrefois en Europe des usages aussi abo- * minables $ mais ils n'y subsistent plus depuis long-temps. Pour les » conserver au milieu d'un siècle e'clairë, et des mœurs douces de » l'Europe, il auroit fallu , dans les magistrats de ce pays, un mélange » d'imbécillité et de cruauté , portées toutes deux à un si haut point , » que ce seroit calomnier la nature humaine que de l'en supposer » capable. » C
{J^ofage aux Moluques , tome II, page 232.)
(6) Tout le paragraphe I de V article IV.
Cette éloquente tirade ne prouve autre chose , sinon que l'homme n'est pas Dieu. Il est à sa place comme le reste de la nature , imparfait, parce que Dieu seul peut être parfait j ou, pour mieux dire, l'homme est borné, et Dieu ne l'est pas. V. .
(7) Que la terre lui paroisse comme un point , au prix du vaste tour que décrit le soleil.
La superstition avoit-elle dégradé Pascal au point de n'oser penser que c'est la terre qui tourne , et d'en croire plutôt le jugement des dominicains de Rome que les preuves de Copernic , de Keppler et de Galilée (*)? C.
(8) C'est une sphère infinie , dont le centre est partout , la circonférence nulle part.
Cette belle expression est de Timée de Locres : Pascal étoit digne de l'inventer ; mais il faut rendre à chacun son bien. V.
(9) Quand l'univers l'écraseroit , l'homme seroit encore
J>lus noble que ce qui le tue.
Que veut dire ce mot , noble ? Il est bien vrai que ma pensée est autre chose , par exemple , que le globe du soleil- : mais est-il bien prouvé qu'un animal , parce qu'il a quelques pensées , est plus noble que le soleil, qui anime tout ce que nous connoissons de la nature? Est-ce à l'homme à en décider ? Il est juge et partie. On dit qu'un
(*) Dans une note à ce sujet , j'ai déjà essayé d'interpréter l'intention de sPa*cal. J'ajouterai ici que peut-être il n'a voulu qu'imiter le langage des ■uateun tacrét , qui , ^ant prétendre rien décider sur ce point , parlent tui- *%ant l'opinion commune des hommes , pour être également entendus de tous. ( flotc de T Éditeur.)
Pensées. 3o
ouvrage est supérieur à un autre , quand il a coûté pins de peine à l'ouvrier , et qu'il est d'un usage plus utile j mais en a-t-il moins coûte au Créateur de faire le soleil que de pétrir un petit animal , haut d'environ cinq pieds , qui raisonne bien ou mal ? Qui des deux est le plus utile au monde , ou de cet animal , ou de l'astre qui éclaire tant de globes? Et en quoi quelques idées reçues dans un cerveau sontelles préférables à l'univers matériel ? V.
(10) Je blâme également, et ceux qui prennent le parti de louer l'homme , et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de le divertir.
Helas ! si vous aviez souffert le divertissement , vous auriez vécu davantage. V.
(n) Les autres disent : cherchez le bonheur en vous
divertissant, et cela n'est pas vrai.
En vous divertissant vous aures du plaisir; et cela est très-vrai. Nous avons des maladies ; Dieu a mis la petite-vérole et les vapeurs au monde. He'las encore ! hélas Pascal ! on voit bien que vous êtes malade. V.
(12) Tout le paragraphe /.
On n'a point besoin de toute cette métaphysique pour expliquer la effets que produit l'amour de la gloire. Il est impossible à quelqn'oi qui vit dans une société nombreuse et policée, de ne pas voir combien, dans la dépendance où il est sans cesse des autres hommes , il lui est avantageux d'être l'objet de leur enthousiasme. « Mais on s'occupe » plus de ce que la postérité dira de nous , que de ce qu'en disent nos » contemporains. Mais on sacrifie sa vie entière à une gloire dont ai » ne jouira jamais , mais on court à une mort certaine. » Tel est reflet du désir si naturel d'être estimés des autres hommes , lorsque ce désir est porté jusqu'à l'enthousiasme. Il en est de même de -l'amour phjsique , qui n'est que le désir do jouir : laissez l'enthousiasme en faire une passion ; alors on poignarde sa maîtresse , on meurt ponr elle. Le hasard peut amener des circonstances ou un amant aimera miem mourir d'une mort cruelle que de jouir de la femme qu'il adore.
Ne pourroit-on pas dire que l'enthousiasme consiste à se présenter vivement , à la fois , toutes les jouissances que notre passion peut répandre sur un long espace de temps ? alors on jouit comme si on te réunissoit toutes; on craint, comme si un instant pou voit nous faire éprouver, à la fois , toutes les douleurs d'une longue vie : et lorsque ce sentiment a épuisé toute la force de nos organes, qu'il ne nous en reite plus pour raisonner , nous ne pouvons plus nous apercevoir si ce* jouissances «ont impossibles.
Cet état d'espérances enivrantes est en lui-même un plaisir, et un plaisir assez grand pour préférer ces jouissances imaginaires à des plaisirs réels et présents. Car on se tromperoit dans tous les raisonnements qu'on fait sur les passions , si on se bornoit à ne compter que les plaisirs ou les peines dès sens qu'elles font éprouver. Les différents sentiments de désir , de crainte , de ravissement , d'horreur , etc. qui naissent des passions , sont accompagnés de sensations physiques , agréables ou pénibles , délicieuses ou déchirantes. On rapporte ces sensations à la région de la poitrine ; et il paroft que le diaphragme (*) en est l'organe. Le sentiment très-vif de plaisir et de douleur dont cette partie du corps est susceptible , dans les hommes passionnés , suffirait peut-être pour expliquer ce que les passions offrent, en apparence , de plus inexplicable. G.
(i3) La vanité est si ancrée , etc. tout le paragraphe.
Oui , vous couriez après la gloire de passer un jour pour le fléau des jésuites, le défenseur de Port-Royal, l'apôtre du jansénisme , le réforiteur des Chrétiens. V .
(i4) Le présent n'est jamais notre but. Le passé et le présent sont nos moyens } le seul avenir est notre objet.
11 est faux que nous ne pensions point au présent $ nous y pensons en étudiant la nature , et en faisant toutes les fonctions de la vie : feous pensons aussi beaucoup au futur. Remercions l'auteur de la nature de ce qu'il nous donne cet instinct qui nous emporte sans cesse Vers l'avenir. Le trésor le plus précieux de l'homme , est cette espérance qui adoucit nos chagrins, et qui nous peint des plaisirs futurs tlans la possession des plaisirs présents. Si les hommes étoient assez malheureux pour ne s'occuper jamais que du présent , on ne semeroit point, on ne bâtirait point , on ne planteroit point, on ne pourvoi roi t A rien , on manquerait de tout au milieu de cette fausse jouissance. Un tjsprit comme Pascal pouvoit-il donner dans un lieu commun comme sselai-là ? La nature a établi que chaque homme jouirait du présent , «n se nourrissant , en faisant des enfants , en écoutant des sons agréallles , en occupant sa faculté de penser et de sentir, et qu'en sortant de cet états, souvent au milieu de ces états mêmes, il penserait au lendemain, sans quoi il périrait de misère aujourd'hui. 11 n'y a que les
4f) Il est vrai que dans les mouvements subits des grandes passions . on it vers la poitrine des convulsions, des défaillances, des agouies, qui ont quelquefois causé la mort ; et cVkt ce qui fait que presque toute l'antiquité ■Ssngina une âme dans la poitrine. Les médecin» placèrent les passions dans Me foie. Les romaneiers ont mis l'amour dans le cœur. V.
468 WOTES.
enfants et les imbécilles qai ne pensent qu'au présent ; fauilra-t-il leot ressembler? V.
On connott ce vers de M. de V. :
Nous ne vivons jamais, nous attendons la vie.
Et celui-ci de Manilius :
Victuri semper agimus , nec vivimtts unquàm.
(i5) Plaisante justice qu'une rivière ou une montagne borne ! vérités en-deçà des Pyrénées , erreur au-delà.
Il n'est point ridicule que les lois de la France et de l'Espagne diffèrent ; mais il est très-impertinent que ce qui est juste à Romorantm soit injuste à Corbeil ; qu'il y ait quatre cents jurisprudences diverses dans le même royaume, et surtout que, dans un même parlement, on perde dans une chambre le procès qu'on gagne dans une autre chambre. V.
(16) Se peut-il rien de plus plaisant qu'an homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au-delà de l'eau , et que son prince a querelle contre le mien , quoique je n'en aie aucune avec lui ?
Plaisant n'est pas le mot propre ; il falloit démence exécrable. V.
(17) Le plus sage des législateurs disoit que , pour le bien des hommes, il faut souvent les piper.
On ne manquera pas d'accuser l'éditeur qui a rassemblé ces Pensées e'parses , d'être un athée , ennemi de toute morale ; mais je prie les auteurs de cette objection , de considérer que ces Pensées sont de Pascal , et non pas de moi ; qu'il les a écrites en toutes lettres ; que à elles sont d'un athée, c'est Pascal qui étoit athée, et non pas moi; qu'enfin , puisque Pascal est mort , ce seroit peine perdue que de k calomnier.
Il est beau de voir dans cet article M. de V. prendre contre Pascal la défense de l'existence de Dieu (*) ; mais que diront ceux à qui 3
(*) C'est apparemment dans le paragraphe où M. de Y.... s'étonne, avec juste raison, qu'un homme tel que Pascal ait pu dire : -Nous sommes inct* » pahles de connoitre si Dieu est ». Ce ne peut être qu'une inadvertance dans ce grand homme ( ' ).
(') Ce n'est point une inadvertance. Pascal, comme nous l'avons dit, » écriToit *» pensée* que pouMui. Si Voltaire et Condorcel a\oienl saisi l'idée du dialogue controu èm cet article 111 de la seconde partie , ils n'auraient pas pris le change sur les proportion» Ve Tanteur y met en avtnt. ( Note de V Editeur. )
•n coûte tant pour convenir qu'un vivant puisse avoir raison contre un mort ? C.
(18) Combien un avocat , bien payé par avance, trouvet-il plus juste la cause qu'il plaide !
Je compte rois plus sur le zélé d'un homme espérant une grande récompense que sur celui d'un homme Payant reçue. V.
(19) Tout le paragraphe XIX.
Ces idées ont été adoptées par Locke. Il soutient qu'il n'y a nul principe inné ; cependant il paroît certain que les enfants ont un instinct , celui de l'émulation , celui de la pitié , celui de mettre , des qu'ils le peuvent , les mains devant leur visage quand il est en danger, celui de reculer pour mieux sauter dès qu'ils sautent. V.
(20) Je crois qu'il seroit presque aussi heureux qu'un roi, qui
Tous ceux qui ont attaqué la certitude des connoissances humaines ont commis la même faute. Ils ont fort bien établi que nous ne pouvons parrenir , ni dans les sciences physiques , ni dans les sciences morales, a cette certitude rigoureuse des propositions de la géométrie , et cela n'étoit pas difficile ; mais ils ont voulu en conclure que l'homme n'avoit aucune règle sûre pour asseoir son opinion sur ces objets , et ils se sont trompes en cela. Car il y a des moyens sûrs de parvenir à une trèsgrande probabilité dans plusieurs cas; et dans un grand nombre, d'évaluer le degré 'de cette probabilité. C.
Être heureux comme un roi , dit le peuple hébété. V.
(21) Que deux hommes voient de la neige , ils expriment tous deux la vue de ce même objet par les mêmes mots.....
Il y a toujours des différences imperceptibles entre les choses les plus semblables; il n'y a jamais eu peut-être deux œufs de poule absolument les mêmes , mais qu'importe ? Leibnitz devoit-il faire un principe philosophique de cette observation triviale ? V.
(22) C'est ce qui a donné lieu à ces titres , aussi fastueux en effet , quoique non (*) en apparence , que cet auteur qui crevé les yeux , de omni scibili.
Qui crève les yeux ne veut pas dire ici qui se montre évidemment : il signifie tout le contraire. V.
(*) Dans un exemplaire de l'édition de Condorcct, je trouve, au lien de
(a3) Gela étant bien compris , je crois qu'on s'en tiendra au repos
Tout cet article , d'ailleurs obscur, semble fait pour dégoûter des sciences spéculatives. En effet , un bon artiste en haute-lisse , en horlogerie , en arpentage , est plus utile que Platon. V.
(24) La seule comparaison que nous faisons de nous au fini nous fait peine.
D eût plutôt fallu dire à l'infini. Mais sou venons -nous que ces pensées jetées au hasard étoient des matériaux informes qui ne forent jamais mis en oeuvre. V.
(a5) Tout le paragraphe XXV.
Cette pensée paroi t un sophisme , et la fausseté consiste dans ce mot d'ignorance , qu'on prend en deux sons différents. Celui qui ne sait ni lire , ni écrire , est un ignorant j mais un mathématicien , pour ignorer les principes cachés de la nature , n'est pas au point d'ignorance d'où il étoit parti quand il commença à apprendre à lire. Newton ne savoit pas pourquoi l'homme remue son bras quand il le veut ; mais il a'ea étoit pas moins savant sur le reste. Celui qui ne sait point l'hébreu, et qui sait le latin , est savant , par comparaison , avec celui qui ne sait que le françois. V.
(26) L'âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée.
Tour dire Vante est jetée , il faudroit être sûr qu'elle est substance, et non qualité. Cest ce que presque personne n'a recherché , et c'est par où il faudrait commencer, en métaphysique, en morale, etc. V.
(27) Mais quand j'y ai regardé de plus près , etc. tout l'alinéa.
Ce mot , ne voir que nous , ne forme aucun sens. Qu'est-ce qu'un homme qui n'agiroit point, et qui est supposé se contempler? Nonseulement je dis que cet homme seroit un imbécille , inutile à la société; mais je dis que cet homme ne peut exister. Car cet homme que contempleroit-il ? Son corps, ses pieds, ses mains, ses cinq sens? oa il seroit un idiot , ou bien il feroit usage de tout cela. Reste roi t-il à contempler sa faculté de penser? Mais il ne peut contempler cette faculté qu'en l'exerçant. Ou il ne pensera à rien , ou bien il pensera
ce non , le mot modeste écrit de la raaio de d'Alernbert. J'indique cette correction qui me semble heureuse. R.
JVOTES. 4^7 1
aux idées qui lui sont déjà venues , ou il en composera de nouvelles ; or il ne peut avoir d'idées que du dehors. Le voilà donc nécessairement occupé , ou de ses sens , ou de ses idées ; le voilà donc hors de soi , ou imbérillc. Encore une fois , il est impossible à la nature humaine de rester dans cet engourdissement imaginaire , il est absurde de le penser, il est insensé d'y prétendre. L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas. N'être point occupé , et n'exister pas , c'est la même chose pour l'homme $ toute la différence consiste dans les occupations douces ou tumultueuses , dangereuses ou utile*. Job a bien dit : « L'homme est né pour le travail, » comme l'oiseau pour voler »; mais l'oiseau, en volant, peut être pris au trébuchet. G.
(28} Un roi qui se voit est un homme plein de misères , et qui les ressent comme un autre.
Toujours le même sophisme. Un roi qui se recueille pour penser est alors très - occupé 5 mais s'il narré toit sa pensée que sur soi, en disant à soi-même : je règne , et rien de plus , il scroit un idiot. V.
(29) Les hommes ont un instinct secret , etc. et le reste de V alinéa.
Cet instinct secret étant le premier principe et le fondement nécessaire de la société , il vient plutôt de la bonté de Dieu , et il est plutôt l'instrument de notre bonheur que le ressentiment de notre misère. Je ne sais pas ce que nos premiers pères faisoient dans le paradis terrestre ; mais si chacun d'eux n'avoit pensé qu'à soi, l'existence du genre humain étoit bien hasardée. IN 'est- il pas absurde de penser qu'ils avoient des sens parfaits , c'est-à-dire , des instruments d'actions parfaits , uniquement pour la contemplation ? Et n'est-il pas plaisant que des têtes pensantes puissent imaginer que la paresse est un titre de grandeur , et l'action un rabaissement de notre nature ? V.
(30) Lorsque Cyncas disoit à Pyrrhus , etc.
L'exemple de Cinéas est bon dans les satires de Despréaux , mais non dans un livre philosophique. Un roi sage peut être heureux chez lui ; et de ce qu'on nous donne Pyrrhus pour fou , cela ne conclut rien pour le reste des hommes. V.
(3i) L'homme est si malheureux, qu'il s'ennuieroit , même sans aucune cause étrangère d'ennui, par le propre état de sa condition naturelle.
Ne seroit-il pas aussi vrai de dire que l'homme est si heureux en ce point , et que nous avons tant d'obligation à l'auteur de la nature , qu'il
a attaché l'ennui à l'inaction , afin de nous forcer par là à être utiles au prochain et à nous-mêmes ? V.
(32) Le paragraphe V.
La nature ne nous rend pas toujours malheureux. Pascal parle toujours en malade qui veut que le monde entier souffre. Y.
(33) Le paragraphe FL
Cette comparaison assurément n'est pas juste. Des malheureux enchaînés, qu'on égorge Tan après l'autre, sont malheureux nonseulement parce qu'ils souffrent , mais encore parce qu'ils éprouvent ce que les autres hommes ne souffrent pas. Le sort naturel d'un homme n'est , ni d'être enchaîné , ni d'être égorgé ; mais tous les hommes sont faits , comme les animaux , les plantes , pour croître , pour vivre on certain temps , pour produire leur semblable , et pour mourir. On peut , dans une satire , montrer l'homme , tant qu'on voudra , du mauvais côté ; mais , pour peu qu'on se serve de sa raison on avouera que , de tous les animaux , l'homme est le plus parfait , le plus heureux , et celui qui vit le plus long- temps ; car ce qu'on dit des cerfs et des corbeaux n'est qu'une fable : au lieu donc de nous étonner et de nous plaindre du malheur et de la brièveté de la vie , nous devons nous étonner et nous féliciter de notre bonheur et de sa durée. A ne raisonner qu'en philosophe , j'ose dire qu'il y a bien de l'orgueil et de la témérité à prétendre que , par notre nature , nous devons être mieux que nous ne sommes. V.
(34) Nous allons montrer que toutes les opinions du peuple sont très-saiues.
Pascal prouve dans cet article que les préjugés du peuple sont fondés sur des raisons , mais non pas que le peuple ait raison de les avoir adoptes. C.
(35) Le plus grand des maux est les guerres civiles. Elles
sont sûres, si on veut récompenser le mérite $ car tous
diroient qu'ils méritent.
Cela mérite explication. Guerre civile, si le prince cle ConticBt: J'ai autant de mérite que le grand Condé ; si Retz dit : Je vaux mieux que Mazariu; si TCeaufort dit : Je l'emporte sur Turenne, et s'ilnji personne pour les mettre à leur place. Mais quand Louis XIV arrive» et dit : Je ne récompenserai que le mérite ; alors plus de guerre civile. V.
(36) Les paragraphes V et VI.
Ces articles ont besoin d'explication, et semblent n'en pas mériter. V.
JTOTES. 473
(37) Il a quatre laquais , et je nf en aà qu'un ; c'est à moi
à céder.
Non. Turenne avec un laquais sera respecte par un traitant qui en aura quatre. V.
(38) Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges , leurs hermines , dont ils s'emmaillottent en chats fourrés , etc.
Les sénateurs romains avoient le laticlave. V.
(39) Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de
la sorte. '
Aujourd'hui c'est tout le contraire , on se moqueroit d'un médecin qui Tiendrait tâter le pouls et contempler votre chaise percée en soutane. Les officiers de guerre , au contraire , vont partout avec leurs uniformes et leurs épaulettes. V.
(40) Les Suisses s'offensent d'être dits gentilshommes, et
prouvent la roture de race pour être jugés dignes de grands
emplois.
Pascal étoit mal informé. 11 y avoit de son temps , et il y a encore dans le sénat de Berne des gentilshommes aussi anciens que la maison d'Autriche. Us sont respectés, ils sont dans les charges. U est vrai qu'ils n'y sont pas par droit de naissance , comme les nobles y sont à Venise. Il faut même à Bâle renoncer à sa noblesse pour entrer dans le sénat. V. *"
(40 Cet habit, c'est une force; il n'en est pas de même d'un cheval bien enharnaché à l'égard d'un autre. Bas et indigne de Pascal. V.
(42) Le peuple a des opinions très-saines , par exemple ,
d'avoir choisi le divertissement et la chasse plutôt que la
poésie.
D semble qu'on ait proposé au peuple de jouer à la boule ou de faire de* vers, Non , mais ceux qui ont des organes grossiers cherchent des plaisirs où l'âme n'entre pour rien ; ceux qui ont un sentiment plus délicat veulent des plaisirs plus fins : il faut que tout le monde vive. V.
(43) Le port règle ceux qui sont dans le vaisseau ; mais
où trouverons-nous ce point dans la morale ?
Dans cette seule maxime , reçue de toutes les nations : Ne faites pas m autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. V.
(44) Le paragraphe VI.
Un certain peuple a eu une loi par laquelle on faisoit pendre un homme qui avoit bu à la gante* d'un certain prince : il eût été juste de ne point boire avec cet homme, mais il étoit un peu dur de le pendre : cela étoit établi , mais cela étoit abominable. V.
(45) Sans doute que l'égalité des biens est juste.
L'égalité des biens n'est pas juste. Il n'est pas juste que , les perla étant faites , des étrangers mercenaires , qui viennent m'aider à frire mes moissons , en recueillent autant que moi. V.
(46) Ne pouvant faire que ce qui est juste fut fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.
Pascal semble se rapprocher ici des idées de Hobbes , et le phw dévot des philosophes de son siècle est , sur la nature du juste et et l'injuste, du même avis que le plus irréligieux. G.
(47) Tout le paragraphe X.
Selon Platon, les bonnes lois sont colles qne les citoyens aiment plus que leur vie ; Fart de faire aimer aux hommes les lois de leur patrie étoit , selon lui , le grand art des législateurs. 11 y a loin d'oi philosophe d'Athènes à un philosophe du faubourg Saint- Jacques. G
(48) L'extrême esprit est •accusé de folie , comme l'extrême défaut.
Ce n'est pas l'extrême esprit, c'est l'extrême vivacité et volubilité de l'esprit qu'on accuse de folie; l'extrême esprit est. rettreme justesse, l'extrême finesse; l'extrême étendue opposée diamétralement à la folie. L'extrême défaut d'esprit est un manque de conception, un vide d'idées; ce n'est point la folie, c'est la stupidité. La folie est on dérangement dans les organes , qui fait voir plusieurs objets trop vite, ou qui arrête l'imagination sur un seul avec trop d'application et de violence. Ce n'est point, non plus la médiocrité qui passe pour bonne, c'est l'éloignement des deux vices opposés ; c'est ce qu'on appelle juste milieu , et non médiocrité. Ou ne fait cette remarque , et quelques autres dans ce goût, que pour donner des idées précises. C'est plutôt pour éclaircir que pour contredire. V.
(49) Les belles actions cachées sont les plus estimables. Quand j'en vois quelques-unes dans l'histoire , elles me plaisent fort. Mais enfin elles n'ont pas- été tout-à-fait cachées , puisqu'elles ont été sucsj ce peu par où elles ont
iru en diminue le mérite , car c'est là le plus beau de les w\t voulu cacher (*).
Voici une action dont la mémoire mérite d'être conservée, et à jî il ne me paroit pas possible qu'on puisse appliquer la réflexion de tscal.
Le vaisseau que montoit le chevalier de Lordat, ëtoit prêt à >uler à fond à la vue des côtes de France. Il ne savoit pas nager $ un Idat, excellent nageur, lui dit de se jeter avec lui dans la mer, de
tenir par la jambe, et qu'il espère le sauver par ce moyen. Après roir long- temps nagé, les forces du soldat s'épuisent; M. de Lordat *n aperçoit , l'encourage ; mais enfin le soldat lui déclare qu'ils vont 5rir tous deux. — Ft si tu étois seul ? — Peut-être pourrois-je encore e sauver. Le chevalier de Lordat lui lâche la .jambe , et tombe au nd de la mer. C.
Et comment l'histoire en a- 1- elle pu parler, si on ne les a pas i«t?V.
(5o) Pourquoi faire plutôt quatre espèces de vertus que
On a remarqué , dans un Abrégé de l'Inde et de la guerre misérable ue l'avarice de la Compagnie française soutint contre l'avarice anlaise ; on a remarqué, dis-je , que les brames peignent la vertu belle t forte avec dix bras , pour résister à dix péchés capitaux. Les misonnaires ont pris la vertu pour le diable. V.
(5 1} Tout le paragraphe XXXI.
Il est faux que les petits soient moins agites que les grands. Au on traire , leurs désespoirs sont plus vifs , parce qu'ils ont moins de essources. De cent personnes qui se tuent à Londres et ailleurs , il y n a quatre-vingt-dix-neuf du bas peuple, et à peine une de condition élevée. La comparaison de la roue est ingénieuse et fausse. V.
(52) Tout le paragraphe XXXIII.
.Il auroit fallu dire d'être aussi vicieux que lui (**); cet article est jrop trivial , et indigne de Pascal. 11 est clair que , si un homme est
(*) Le pins beau seroît de ne songer ni à les montrer, ni à les cacher. C.
(**) L'observation de Voltaire s'appliquoit , avec raison , an passage tel qt'on le lit dans l'édition de Condorcet , où il est tronqué; mais elle devient ■■Mile pour la mienne , où ce paragraphe est rectifié , et conforme an roa- OMcrit de Pascal (Aote de l'Éditeur.)
plus grand que le» autres , ce n'est pas parce que ses pieds sont aussi bas, mais parce que sa tête est plus élevée. V.
(53) Paragraphe XL FIT.
L'on s'imagine d'ordinaire qu'Alexandre et César sont sortis de chez eux. dans le dessein de conquérir la terre : ce n'est point cela. Alexandre succéda à Philippe dans le généralat de la Grèce , et fut chargé de la juste entreprise de venger les Grecs des injures du roi de Perse; il battit l'ennemi commun , et continua ses conquêtes jusqu'à l'Inde, parce ([tic le royaume de Darius s'étendoit jusqu'à l'Inde : de même que le duc de Marlborough seroit venu jusqu'à Lyon sans le maréchal de Villars. A l'égard de César, il étoit un des premiers de la république: il se brouilla avec Pompée , comme les jansénistes avec les molinistes, et alors ce fut ù qui sVx terminèrent : une seule bataille, où il n'y eut pas dix mille hommes de tués, décida de tout. Au reste , la pensée de Pascal est peut-être fausse en tin sens. Il falloit la maturité de César pour se démêler de tant d'intrigues ; et il est peut-être étonnant qu'Alex andre , à son âge , ait renoncé au plaisir pour faire une guerre si pénible. V.
(54) En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois, etc.
Les idées de Platon sur la nature de l'homme sont bien plus philosophiques que celles de Pascal. Platon regardoit l'homme comme on être qui naît avec la faculté de recevoir des sensations , d'avoir des idées, de sentir du plaisir et de la douleur; les objets que le bâtard lui présente, l'éducation, les lois, le gouvernement, la religion, agissent sur lui, et forment son intelligence, ses opinions, ses passions , ses vertus et ses vices. Il ne seroit rien de ce que nous disons que. la nature l'a fait , si tout cela avoit été autre meut. Soumettons-le à d'autres agents, et il deviendra ce que nous voudrons qu'il soit , ce qu'il faudroît qu'il fut pour son bonheur, et pour celui de ses semblables; qui osera fixer des termes à ce que l'homme pourroit faire de grand et de beau ? Mais ne négligeons rien. Cest l'homme tout entier qu'il faut former,- et il ne faut abandonner au hasard, ai aucun instant de sa vie, ni l'effet d'aucun des objets qui peuvent agir sur lui (*). V.
(*) Platon n'a point eu ces idées, monsieur , c'est vous qui les avei. PutM fit de nous des androgyues à deux corps, donna des ailes à dos Ames, et k* leur ota. IMaton revasublimement, comme je ue sais quels autres écrirai* ont rêvé bassement. Y.